Changement de site !

6 décembre 2008

http://couverturedebd.over-blog.com/

 

Changement de site ! dans News avis12

 

http://couverturedebd.over-blog.com/

Présentation…

6 décembre 2008

  Nouvelle réflexion sur les enjeux et les pouvoirs de l’Image, ce blog a pour but d’offrir des séquences pédagogiques construites autour de la Bande Dessinée et de l’Education aux Médias.

 Il s’agira ici d’analyser des couvertures emblématiques du 9ème Art et de percevoir leurs influences artistiques.

Pour une couverture : une analyse, un décryptage des codes visuels, une fiche d’activité.

 Ce blog se veut tout d’abord complémentaire d’un autre travail mené conjointement autour des affiches de films, également à visée pédagogique dans le cadre d’opérations menées autour de l’étude du Cinéma ou de l’Image :

http://cine-l-affiche-en-plein-coeur.over-blog.fr/
 

 Le choix des couvertures citées  est fait de manière personnelle et essentiellement en fonction de la « richesse » du document (et de ce qu’il a à nous dire…) : il ne s’agit donc pas d’un site de critique d’albums, et leur valeur intrinsèque ne détermine en rien celle de la couverture. On admettra également que la très grande majorité des couvertures citées ici soient franco-belges, en relation avec le niveau de connaissances et d’activités le plus large pour les élèves de collèges et lycées, mangas et comics mis à part… 

  Il va également de soi que les images « citées » en exemple appartiennent de droits à leurs éditeurs et auteurs respectifs et ne sauraient faire l’objet d’un quelconque service payant : l’auteur de ce blog s’engage à ne pas en modifier l’aspect et à  « citer » les couvertures en tant qu’oeuvre à part entière, moyennant un jugement critique et une analyse rendus inévitables et nécessaires dans le cadre pédagogique susnommé, lié à la Lecture de l’Image et à la connaissance du monde de la Bande Dessinée.

 Philippe Tomblaine

Professeur Documentaliste (Acad. de Poitiers)

Philtomb@yahoo.fr ou Philippe.Tomblaine@ac-poitiers.fr

Blog affilié : http://lewebpedagogique.com/cdidocs/

© : Toutes les images incluses dans ce site sont la propriété exclusive de leurs auteurs, ayant droits et/ou éditeurs.
Elles ne sont ici qu’à titre de référence ou d’illustration dans un but pédagogique. Si les propriétaires le désirent, elles seront retirées immédiatement. 
 Leur utilisation nécessite la mention des oeuvres, auteurs et éditeurs affiliés.

Long John Silver t.02, cap au large !

18 novembre 2008

Suite des inédits de Matthieu Lauffray avec cettes fois-ci la genèse du visuel du tome 02 de Long John Silver…

Voir le dossier principal ici :

http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/12/long-john-silver-t01-et-t02/

et http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/13/une-couverture-a-la-mer-matthieu-lauffray-evoque-long-john-silver/

 

La couverture du 2ème album de Long John Silver m’a posé moins de problèmes que la première…  La série était lancée, le logo était en place et ce deuxième livre était un huis clos maritime.
Il ne m’a pas fallu longtemps pour arrêter cette idée qui n’en étais pas vraiment une : dessiner un bateau. 

  Je ne vais pas me lancer dans l’éternel débat du fond et de la forme, d’abord car il est complexe et ensuite car je n’ai pas de réponses pertinentes.  Je dois tout de même préciser que lorsque j’annonçais mon intention, elle fut prise avec frilosité. La surprise m’en fut grande dans la mesure où j’attendais un argument fort recevable par ailleurs dans le genre de : 

« Voila une idée bien bateau ! » 


 Je m’y préparais donc mais le reproche fut de toute autre nature et bien plus inattendu : 
peut-on faire une couverture sans personnages ? 

Voila un argument que je n’attendais pas. Pas une seconde je n’avais pensé à ce problème auparavant, et voulez vous que je vous dise ? Je suis sur que vous non plus… 

  Il y a une raison à cela, c’est le genre d’argument que l’on entend chez les professionnels, car à force d’être professionnel on oublie l’ « évidence », on raffine, on élabore et bientôt on oublie l’évidence ; un bateau c’est cool et ça a une fichue gueule !  Mais le doute était là…


Nous nous sommes donc mis à la recherche d’une seconde idée. 


Je ne vais pas détailler le processus complet, mais voilà ce que cela donna :

 

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  Peut-être aurait-ce été plus approprié, plus spectaculaire, je serai bien incapable de le dire et vous laisse le soin de le déterminer… En parallèle, je tenais bon sur mon idée première et esquissait quelques roughs

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J’aimais l’idée du vent du large, de la simplicité de cette image sans « actions » proprement dite, sans conflits. 

Une image qui dise la beauté d’un navire immense bravant les flots, avançant vers l’inconnu ! 


Mais voila, je trouvais tout cela bien  mou. J’avais beau saturer, basculer l’horizon, recadrer, rien à faire. Etais-je incapable de résoudre cette image ? Etait-ce une mauvaise idée ? 


Ce fut François Lebescond, notre éditeur, qui me mis sur la voie. Un éclair, me dit-il… 

Un Eclair ! Mais oui ! C’était évident, un contraste maximum pour un effet silhouette optimum ! Il fallait essayer !
Je me remis au boulot et voila le rough obtenu : 

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 Cette fois ce fut l’évidence, et il n’y eu plus qu’à finaliser la coquine sans trop perdre l’irremplaçable nervosité d’un dessin gestuel, ouvert, qui laisse ainsi toute sa place ou pouvoir d’expression du dessin. 

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Fin…

Une couverture à la mer, Matthieu Lauffray évoque Long John Silver

13 novembre 2008

  Parfois, le dossier pédagogique constitué ne suffit pas à décrire les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée. La catégorie « Première de Couverture« , ici inaugurée, permettra par conséquent de livrer une partie « bonus » ou « making-of » additionnelle au corps du dossier.

 Matthieu Lauffray nous  fait ici la gentillesse de revenir (visuels inédits à l’appui) sur la genèse du visuel du tome 01 de Long John Silver… ; voir le dossier ici : http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/12/long-john-silver-t01-et-t02/

 

  La création de cette couverture a été une sacrée aventure. Des dizaines de roughs, des changements radicaux de concepts et de partis pris. Beaucoup de temps et d’errances… 

  Voici quelques images qui retracent la fabuleuse épopée de cette première couverture.

   Le premier problème a été de trouver une image qui représente bien l’esprit de notre série. Traiter un genre est formidable dans la mesure où l’on travaille sur un terrain balisé, mais il convient de montrer en quoi la traduction que l’on veut en faire est spécifique. Par exemple le genre « pirate » comprend plusieurs courants dont le plus commun de nos jours est le burlesque. En réalité le pirate tragique, romanesque, n’est plus à l’honneur depuis de nombreuses années. Il s’agit du genre tel qu’il a été traité par Stevenson bien sur, mais aussi par ces fameux illustrateurs Américains que sont N.C. Wyeth ou Howard Pyle. Xavier Dorison et moi avions le réel désir de ressusciter ce courant aussi oublié qu’exaltant!    La couverture avait donc pour rôle principal de communiquer clairement une « histoire de pirates », puis plus encore, une « histoire de pirate sérieuse »… puis éventuellement Long John Silver ! 

 Voici les tentatives dans l’ordre : 

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  Ces idées sont les premières qui nous sont venues. Extrêmement simple, mais j’avais la volonté de trouver une silhouette mythique, quelque chose qui évoque immédiatement le pirate des légendes. C’est difficile, cela exige un posing (posture) réussi, puissant. Il y a peu d’éléments et il faut donc être précis et efficace, pas de camouflage possible. Soit c’est réussi, soit c’est la catastrophe. Dans ce cas là, nous n’étions pas satisfait… 

  Nous nous sommes ensuite orienté vers une autre idée. On garde le personnage de Long John mais on le met dans un autre univers, son auberge, son antre! Je voulais que tout se joue dans une posture d’apparente décontraction, en opposition avec un regard à la fois envoûtant et inquiétant.    Voici les roughs de ce qui fut envisagé, puis la peinture à l’huile qui fut rendue à Dargaud avec les dernières pages. 

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  Une peinture à l’huile sur laquelle j’ai passé 3 semaines de douleurs. Au final elle me plaisait bien, à Xavier aussi. Notre éditeur également. Nous avions notre couverture. 

Mais pourtant, il y avait quelque chose de non totalement satisfaisant. Puis la promotion du livre a commencé, et plus particulièrement une plaquette créée par une agence spécialisée. Nous avons été conviés pour voir le résultat. Cette séance remit tout à plat, une fois encore. 

Les responsables n’avaient évidemment pas travaillé sur le livre. Comme toute matière, ils avaient l’album. Une BD totalisant environ 430 images, dans laquelle ils devaient trouver en quoi  rendre ce livre percutant et attrayant. 

Parmi les images sélectionnées, ils en retinrent une plus particulièrement. 

Celle-ci. 

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  C’est une case de la première scène, et le personnage que l’on voit de dos n’est pas Long John mais Lord Hastings. Peu importe. Nous nous sommes regardés avec Xavier, lui ne sachant pas trop comment me communiquer son impression tant il savait que j’en avais bavé sur la précédente ! Mais c’était fait, évident, cette image, par sa simplicité enfonçait la précédente. Plus forte, plus audacieuse, plus immédiate. Il y avait là tout ce que nous recherchions depuis le début… 

 La suite ne fut pas simple pour autant. Il fallu prévenir Dargaud en plein processus, annuler la couverture approuvée par tous pour la remplacer par un « sacrilège » interdit en théorie : un personnage de dos. 

On ne tourne pas le dos à son public ! 

 Nous comprenions l’argument, il avait du sens et pourtant, rien à faire nous étions persuadés comme JAMAIS que ce cadrage simplissime était la couverture parfaite. 

 Il fallu reprendre le travail. Pourquoi ? Et bien parce que même si l’image en l’état aurait pu faire une belle couverture, je voulais tout de même essayer d’en faire une belle illustration, et ce n’est pas forcement la même chose. 

 Long John dans sa taverne est une image riche, mais il faut prendre le temps. Se concentrer sur le regard, les détails des objets disposés sur la table… Une couverture doit frapper fort et immédiatement. La qualité de la peinture ou du dessin sont réellement optionnelle face à la force de l’image et du concept. 

Mais revenons à nos moutons. Qui dit nouvelle couverture dit nouvelle question. Et les errances recommencèrent. Devant la levée de bouclier liée au personnage de dos, nous avons tenté toutes sortes de positions variées : 

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Jusqu’à finalement aboutir à l’Exe finale, qui fut notre couverture définitive : 

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 Un dernier point pour préciser que dés le début je comptais sur un logo extrêmement  »typé » pour signaler le genre que nous traitions. L’image « pirate » devenait presque optionnelle tant le logo parlait haut et fort. 

(A suivre…)

Illustrations toutes M. Lauffray Copyright.

Long John Silver t.01 et t.02

12 novembre 2008

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

Long John Silver t.01 et t.02 

(Xavier Dorison et Matthieu Lauffray)  

Ed. Dargaud, 2007 et 2008. 

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Dossier téléchargeable : Long John Silver t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf LongJohnSilver.pdf

  

 Les intrigues en résumé :

- Tome 1 - Lady Vivian Hastings :

 Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans… Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte… Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari, qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d’hommes sans foi ni loi dont le chef n’est autre que le redoutable Long John Silver…

  -  Tome 2 – Neptune :

  Lady Vivian Hastings et Long John Silver ont quitté Bristol afin de traverser l’Atlantique : destination la mythique cité de Guyanacapac… C’est ici, en Amazonie, que Lord Hastings aurait découvert l’or caché de la cité. Mais entre la belle Vivian et le redoutable pirate, les tensions sont fortes, malgré le pacte qui les unit…

  

  Livres aux Trésors :

  Roman parmi les plus connus au monde, L’Ile au trésor fut écrit à l’origine par Robert Louis Stevenson d’Octobre 1881 à Janvier 1882, sous forme d’épisodes à destination de la presse. Largement modifié, le récit devient finalement un livre en 1883. Très lucide théoricien du récit et de sa propre pratique, Stevenson exploite tous les ressorts du récit : il procède à la multiplication des narrateurs et des points de vue en insérant dans son récit mémoires ou lettres de personnages, ce qui a pour effet de donner des versions différentes de la même histoire et de laisser ouverte l’appréciation des personnages et des événements comme la signification même du récit. On se souviendra ainsi de la fin « ouverte » de l’Ile au trésor, où le mythique Long John Silver est laissé libre, ayant réussi à fuir : « De Silver, nous n’avons plus jamais entendu parler… ».

  Le Cinéma s’empare assez tôt de l’imagerie populaire et romantique du pirate, permettant ainsi des variantes aux serials traditionnels d’Aventure ou de Cape et d’épée (parmi les classiques : L’aigle des mers – Fr. Lloyd, 1924 ; Capitaine Blood – M. Curtiz, 1935 ; Le Corsaire Rouge – R. Siodmak, 1952) L’œuvre de Stevenson est ainsi adaptée dès 1934 dans un remarquable film homonyme réalisé par Victor Fleming, puis en 1952 dans une version produite par les Studios Disney (réalisation de B. Haskin).

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Couverture d’une réédition du Livre des Pirates d’Howard Pyle, publié pour la première fois en 1903.

Ci-dessous ; trois illustrations emblématiques de la vision romantique et sauvage du pirate selon Pyle

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« Pirates se battant pour un trésor » (1903)

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The true Captain Kidd (1902)

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Captain Keitt (1907)

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Marooned (1909)

(Notes : Le mot « maron » dérive ici du verbe « maronner » (attendre) et désigne l’abandon volontaire d’un marin par son équipage. A distinguer du mot  »marronage », qui décrit à l’origine la fuite d’un esclave).

  

  Divers illustrateurs et écrivains vont tenter par la suite de donner leurs propres versions de l’itinérance des personnages : citons ici, tout d’abord, les travaux d’illustrations pionniers de l’américain Howard Pyle (1853-1911), qui composa probablement l’archétype visuel du futur pirate hollywoodien (homme cruel à la jambe de bois, ayant perdu un œil, portant un perroquet sur l’ épaule et se référant au Jolly Roger, le pavillon noir) au sein de son ouvrage paru en 1903 (Howard Pyle’s Book of Pirates). Le plus célèbre élève de Pyle, Newell Convers Wyeth (1882-1945), donna des illustrations d’une qualité jugée exceptionnelle au roman de Stevenson en 1911 : de fait, nul mieux que lui ne sut rendre le souffle épique et le gout du vent marin qui parcourait chaque ligne du récit initial, traversé par l’inquiétante présence de Silver. En 1995, l’écrivain suédois Björn Larson livre une première séquelle de l’Ile au trésor : dans son Long John Silver (publié chez Grasset) Stevenson prend lui-même la plume pour retracer la vie exacte du sinistre personnage décrit par le jeune Jim Hawkins dans le roman initial. L’occasion de se faire entrecroiser le mythe, la fiction et le réel, puisque Silver va croiser le Capitaine Flint, Daniel Defoë (auteur de Robinson Crusoë en 1719 et bien sur tous les personnages de l’Ile au trésor.

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Version de L’ile au trésor illustrée par N.C. Wyeth (1911) et exemples d’illustations (ci-dessous)

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Billy Bones (1911)

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L’otage (1911)

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  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Le nom de l’éditeur apparait-il ?

- Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?  Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ?

  NIVEAU 2

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «aventure historique»? Cherchez la définition et la signification de «pirate», «corsaire» et « jolly roger».

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

- Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au roman L’ile au trésor de R.L. Stevenson. Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, le descriptif de la vie de Long John Silver.  En quoi le titre de la série « Long John Silver» peut-il être compris tour à tour comme récit autobiographique, univers de  fiction ou roman historique ?  

- Que connote le titre du second album, Neptune?

- Chercher de la documentation sur le monde des pirates et les romans maritimes: retracez la vie de ces personnages, leurs activités et tentez de vous interroger sur leurs valeurs morales.

  

 

 Lecture et analyse de la couverture :

  Dans l’esprit du scénariste Xavier Dorison et du dessinateur Matthieu Lauffray, Long John Silver ne constitue pas une simple « suite » au roman de Stevenson, mais plutôt un hommage appuyé au récit maritime de piraterie tout entier, ainsi qu’à l’imaginaire forgée durant les lectures de l’enfance. Pour les deux hommes, par ailleurs férus de cinéma (Dorison a scénarisé en 2006 le film Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau ; Lauffray a notamment effectué des recherches de décors et costumes pour Le Pacte des Loups (C. Gans, 2001) et 10 000 (R. Emmerich, 2008), la série graphique impulsée constitue une exploration de territoires vierges, aux limites des intérêts et de la psychologie de chacun des caractères.

  Selon Matthieu Lauffray : « Voila précisément  ce qui nous motive pour cette histoire de pirates, le sentiment d’évidence qui tourne autour de ce genre, puis le constat que style que nous cherchons n’existe pas encore sinon dans nos imaginations. Pour résumer, je dirai que nos pirates seront en grande partie l’opposé de « Pirates des Caraïbes » ou du « Corsaire Rouge ». Il ne s’agira pas non plus d’une reconstitution historique véridique. L’idée est de mettre en scène un récit brut, fantasmatique, épique, qui mette en scène le fantasme du pirate, à la manière d’un Howard Pyle par exemple. Le vent du large et les mythiques zone encore blanche de la carte… ».

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Recherches graphiques et étapes de l’élaboration de la couverture du tome 1 par M. Lauffray (1er dessin, encrage et mise en couleur directe).

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  Après un long travail de réécriture et des recherches documentaires poussées, le choix du visuel principal de la couverture ne fut pas un exercice aisé : afin de ne pas décevoir les lecteurs, Dorison et Lauffray optent tout d’abord pour une approche conventionnelle, par le biais d’un dessin sombre et flamboyant mettant en scène le fameux pirate, attablé à l’intérieur d’une taverne fumante devant une carte (au trésor…) et quelques doublons. Ce dessin se retrouvera finalement en fin d’album (puis en couverture du tirage de tête), car, pour mieux rompre avec la dimension iconique du pirate, les auteurs adoptent une posture strictement inverse : un visuel énigmatique et un personnage anonyme perçu de dos, dans un extérieur de prime abord incertain et sous une pluie battante… Couverture immédiatement frappante de par son immense pouvoir d’évocation : si le tricorne et le manteau long renvoient immédiatement les lecteurs de tous âges au XVIIIème siècle, beaucoup remarqueront malgré tout une relation plus ou moins forte entre le titre/sous-titre et le personnage. Homme ou femme, héros ou adversaire, quel est-il ? Plus encore, c’est un renforcement signifiant du récit placé sur un mode crépusculaire qui est ici mis à l’honneur : face à une Nature implacable et hostile – ici et par définition, doublement, la Mer et la forêt équatoriale -, sous une pluie qui renvoie elle-même au codes du genre Noir et du thriller, et face à de blancs oiseaux symboles de liberté et d’inaccessibilité, le monde passéiste et finissant du « pirate » semble littéralement en perdition. L’espace semble déjà avoir avalé son embarcation (visible en bas à gauche), noyée dans le brouillard humide d’un monde aux trésors et à l’avenir incertains.

  Cette couverture semble avoir été (inconsciemment du moins) inspirée par des affiches de films récents, eux-mêmes offerts sur le mode de l’aventure finissante, où des héros fatigués déposent les armes en tentant de dépasser in fine leur propre archétype : voir ainsi le visuel créé par Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood, 1992) ou celui conçu par les Studios The Ant Farm pour Le Nouveau Monde (T. Malick, 2005). Cette conception s’oppose à l’approche classique dernièrement proposée par David Chauvel et Fred Simon sur leur adaptation de l’Ile au trésor (Editions Delcourt, collection Ex-Libris, 2007 et 2008), appuyée sur les illustrations de H. Pyle et N.C. Wyeth.

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 Pour le second album de Long John Silver, et dès le visuel, Dorison et Lauffray réinvestissent à proprement parler le monde « mythologique » de la piraterie : au milieu des éléments déchainés, un navire malmené portant le nom du Dieu romain des mers et océans, semblant de fait naviguer à vue à la seule lumière d’une lampe tempête portée par une femme… Soit la triple mise en évidence de la tragédie annoncée, en ce que l’orage, la course folle du navire et de ceux qu’il transporte (dont le malheur personnifié, selon les traditions, par la présence d’une femme à bord) ne peuvent aboutir qu’à un naufrage littéral des corps et des âmes. Selon Matthieu Lauffray : « Un navire est un lieu clos, perdu au cœur d’un grand nulle part. En effet en dépit des apparences, les grands espaces qu’il traverse ne sont qu’illusions inaccessibles. Un récit de navigation est un huis clos en plein air, un univers carcéral sous des airs de plaisance. En réalité, il n’y a ni alternatives, ni échappatoires aux enjeux qui le hantent. Or les circonstances qui ont suscité ce voyage comportent, en elles-mêmes, le nécessaire à une bonne explosion… ».

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   Le choix du logo-titre Long John Silver, calqué sur un pavillon noir semi-fictif puisque forgé en partie par les films hollywoodiens, résumé parfaitement la série, inhérente aux défauts et qualités intrinsèque d’un « héros à l’image faussée » (le pirate) :

  Xavier Dorison : « À mon sens, la plus grande qualité d’un pirate est d’être un rêveur. Il ne suit pas les voies toutes tracées, il se construit son propre monde et ses propres codes. En cela, il est un champion de la liberté.

  Et son plus grand défaut…. Est d’être un rêveur. On ne peut nier indéfiniment la réalité sans en payer les conséquences. De plus, celui qui rêve est, par définition, « ailleurs », loin de réalité. Or, cette vie réelle (pour ne pas dire, la société) est le seul endroit où l’on construit. Silver peut prendre le contrôle de tous les navires, il ne les bâtira jamais. Son exil de la société le condamne à être pillard, jamais architecte ou bâtisseur. »

  Matthieu Lauffray : « Un pirate est incapable de se soumettre à un autre système de valeur que celui qu’il a choisi. Il choisit son navire, il choisit sa mission et il nomme son capitaine. Mais là ne s’arrête pas son goût inné du caprice! Il est également indépendant et favorise toujours la joie de l’instant aux rêves des bâtisseurs. Ce choix de vie comporte une réponse possible dans un monde ouvert et distendu qui autorise le joyeux bazar, si violent soit-il ! Puis le temps est venu où notre petit monde n’a plus pu contenir trop de mouvements désordonnés. Le clou qui dépasse, on l’écrase comme disent nos amis chinois. Au final c’est à se demander si ce n’est pas plus une affaire de problèmes de stockage plus que d’idéologie…

  Long John me passionne car il a conscience de tout cela, contrairement à la plupart de ses semblables. Il voit la beauté de ce combat perdu d’avance. Cela en fait un jouisseur conscient de la tragédie de son idéal. Il aime l’individu. Il respecte cette lady Hastings car il voit en elle le courage de s’élever, de sortir de sa case. Il se voit en elle bien des années auparavant. Tout comme il aurait voulu léguer ses valeurs au jeune Hawkins puis au jeune Jack O’Kief. Il aimerait que tout cela demeure. Il a peur du vide, peur de la mort, il pleure ce monde qui massacre aveuglement la personnalité au profit du système. »

 Mythe et fiction, imaginaire et réalité apparaissent comme chevillés au récit de pirate : le logo titre Long John Silver donne toutefois à cet univers baroque et épique finissant toute sa nostalgie mortifère : le nom de l’individu (John) est dévoré par l’image obsédante de la Mort, tandis que ne s’impriment que la légende, liée soit au surnom (Long) soit à l’hypothétique trésor (Silver) enterré dans l’inaccessible cimetière marin du genre. Car, et à l’égal de la fin ouverte de L’ile au trésor, on comprendra que la mer est sans routes et sans explications. Advienne que pourra !

  

 Pistes supplémentaires :

 La série est prévue en 4 tomes, et sera suivie d’une préquelle décrivant les origines de Long John Silver.

1. Lady Vivian Hastings (2007)

2. Neptune (2008)

3. Le Labyrinthe d’Emeraude (à paraître)

4. Guyanacapac (à paraître)

- http://www.dargaud.com/longjohnsilver : site dédié des éditions Dargaud.

- Interviews écrites, audio ou vidéo des auteurs, parues pour la sortie des tomes 1 et 2:

  http://www.universbd.com/spip.php?article5360 

  http://www.expressbd.com/crbst_314.html 

  http://www.sceneario.com/sceneario_interview_XDORI.html 

   http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LAUFF.html 

   http://www.france5.fr/bd/index.php?id_document=2012&page=bd-bande-dessinee-videos 

  http://www.graphivore.be/Interviews/dorison_lauffray.php 

  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1657 

  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2606

 

 - http://www.lauffray.com/: site officiel de Matthieu Lauffray.

- http://www.pirates-corsaires.com/: tout sur le monde des pirates et des corsaires.

- http://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C3%8Ele_au_tr%C3%A9sor: article de l’encyclopédie Wikipédia consacré au roman l’Ile au trésor.

- http://www.kiss.qc.ca/Encyclopirate_WEB/Howard-Pyle/H_Pyle.html, http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/howard_pyle_18531911 et http://www.fontcraft.com/artype/pyle/: biographie et illustrations d’Howard Pyle (sites en Français et Anglais)

- http://en.wikipedia.org/wiki/N._C._Wyeth,  http://www.toughton.com/books/treasure/pictures.htm et http://www.artcyclopedia.com/artists/wyeth_nc.html : biographie et illustrations de Newell Convers Wyeth (sites en Anglais)

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

  

Images toutes ©Xavier Dorison – Matthieu Lauffray / Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 ©Editions Delcourt (Chauvel et Simon, 2007 et 2008)

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Matthieu Laufray.

Il était une fois en France t.01 et t.02

2 novembre 2008

  DOSSIER PEDAGOGIQUE 

Il était une fois en France 

t.01 et t.02 

(Fabien Nury et Sylvain Vallée) 

Ed. Glénat, 2007 et 2008 

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 Dossier téléchargeable :  Il était une fois en France t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf Iletaitunefoisenfrance.pdf

 

 Les intrigues en résumé : 

-  Tome 1 - L’Empire de Monsieur Joseph : 

  1965 : Clichy – Joseph Joanovici est en train de mourir dans un appartement miteux en compagnie de sa fidèle compagne, Lucie Schmidt, aussi nommée « Lucie-Fer ».  Depuis la rue, un homme surveille leur fenêtre. Il se nomme Legentil, un juge ennemi juré de Joanovici. 

   1905 : Kichinev, Bessarabie roumaine… Deux enfants juifs se cachent pour échapper à un de ces massacres qui, sous le tsar Nicolas II, sont monnaie courante contre les Bolcheviks ou les Juifs, entre autres. Le garçon se nomme Joseph, la fille Eva. Ils s’aiment et se marieront des années plus tard. Voici le destin d’un homme, ambigu et charismatique, illettré et ferrailleur, « collabo », résistant, qui a connu la pauvreté et est devenu milliardaire avant de connaître la chute. Un homme qui fut au cœur de l’Histoire du XXème siècle… 

-  Tome 2 - Le vol noir des corbeaux : 

 En Juin 1940, à la Rochelle, alors qu’il s’apprête à quitter le sol français avec sa famille et son assistante pour les Etats-Unis, Joseph Joanovici reçoit la visite d’un faussaire qui lui ouvre un horizon plus doré en lui facilitant son introduction auprès des allemands. Pour ce faire, il remonte à Paris avec la ferme intention de faire jouer ses appuis à la Chambres des Députés et récupérer son entreprise de ferraille mise sous séquestre.   La guerre étant consommatrice de métal, les affaires reprennent rapidement en liaison avec l’occupant allemand, mais son ascension rapide et ses combines suscitent des jalousies qui débouchent sur la délation. De fait, Joseph et sa famille étant en danger, seule la collaboration peuvent leur permettre d’échapper au pire, mais à quel prix ? 

  

  L’étrange Monsieur Joseph : 

  Personnage atypique d’une période troublée de l’Histoire contemporaine, Joseph Joanovici demeure avant tout le reflet d’une époque et d’un contexte sociétal – la France de Vichy – où les choix politiques, idéologiques et comportementaux n’étaient le plus souvent dictés que par une seule règle : survivre. 

  Ferrailleur d’origine juive roumaine, né vers 1905 et arrivé en France en 1925, Joanovici, totalement illettré mais particulièrement observateur, se fait rapidement un nom à Clichy en banlieue parisienne. A partir de 1940, et pendant toute l’Occupation, il fournit tour à tour les Nazis, la Résistance et le renseignement soviétique en métaux, armes et informations diverses, octroyant sa protection personnelle contre le nerf de la guerre. A la Libération, il est plusieurs fois arrêté, interrogé et relâché : s’il écope de cinq ans de prison en 1949, il est libéré dès 1952, mais assigné à résidence à Mende (Lozère). Dès 1957, il tente de relancer ses affaires, mais est contraint par le fisc à quitter le territoire national. Expulsé d’Israël pour avoir collaborer avec l’Allemagne d’Hitler, il meurt ruiné en 1965.  

   La légende s’empare assez rapidement du personnage : il inspire en effet directement une partie de l’intrigue du film Monsieur Klein de Joseph Losey (1976),  est cité comme protagoniste de l’Affaire de la Rue Lauriston par l’écrivain Patrick Modiano (La Ronde de Nuit – 1969), puis plus directement par Alphonse Boudard qui lui consacre un roman biographique très documenté en 1998 (L’étrange Monsieur Joseph). Il fournit à Jacques Audiard la trame scénaristique de son film, Un héros très discret, en 1996 (idée reprise au roman homonyme de Jean-François Deniau paru en 1989), puis prend les traits de Roger Hanin dans l’adaptation télévisuelle du récit d’A. Doudard effectuée par la réalisatrice Josée Dayan en 2001. 

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Joseph Joanovici, photo de la préfecture de Police de Paris, 1ère de couverture du livre d’Alphonse Boudard (Ed. Presse Pocket) et projet d’affiche publicitaire par S. Vallée.

  

Questionnaire pour les élèves : 

  La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 NIVEAU 1 

-  Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ? 

-   Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire) 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ? 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ? 

  NIVEAU 2 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums. 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « historique» ? Cherchez la définition et la signification de «svastika» et « croix gammée ». 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

NIVEAU 3 

-   Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

-   En quoi le titre de la série « Il était une fois en France » peut-il être compris tour à tour comme fiction, récit historique ou chronique documentaire d’une période ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits, films ou photos décrivant la vie à Paris sous l’Occupation. Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au Chant des Partisans (hymne de la Résistance Française). 

-   Chercher de la documentation sur Joseph Joanovici : retracez la biographie du personnage, ses activités et tentez de vous interroger sur les valeurs morales du personnage. 

  

 Lecture et analyse de la couverture : 

   Selon les propres mots du scénariste Fabien Nury, la série Il était une fois en France se devait de fonctionner sur un double mode : celui d’un récit de fiction historique, c’est à dire un biopic (condensé de l’américanisme biographic picture) relativement crédible et documenté, et celui  propre à une saga feuilletonesque, mêlés dans un esprit cinématographique. La série, qui sera constituée au final de  six volumes, est dessinée par Sylvain Vallée, lui-même féru des films français mettant en scène la période des années 1920-1950. De ces références communes découlera naturellement le choix du titre de la série : comment ne pas retrouver en effet, dans Il était une fois en France, la citation directe d’univers issus du cinéma de Sergio Leone (Il était une fois en Amérique – 1984) ou de Francis Ford Coppola (Le Parrain et Le Parrain 2 – 1972 et 1974), soit des œuvres mythiques ayant déjà décrit l’ascension et la chute de caïd du Milieu.

  « Il était une fois… », c’est tout autant un renvoi au monde de la narration (conte, fable, récit merveilleux), qu’à l’Histoire et au Passé (voir le nom des séries d’animation ludo-éducative et télévisuelle créées par Albert Barillé dans les années 1970-1990) ; ce choix nominatif est renforcé par la tonalité littéraire de chacun des titres d’albums. On notera notamment un Vol noir des corbeaux très proche du nom déjà donné par Jean-Pierre Gibrat à sa série (Le vol du corbeau, publié chez Dupuis (2002 et 2005) se déroule déjà dans un Paris occupé, en Juin 1944). C’est une référence directe aux premières lignes du fameux Chant des Partisans (« Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »), ainsi qu’un renvoi au corbeau délateur du célèbre film polémique d’Henri Georges Clouzot (1943).

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 Projet de maquette pour la couverture du tome 1 et visuel finalisé.

 Sur le même mode, on admirera le travail de construction graphique des couvertures. Le premier album adopte une « charte » très simple, permettant au titre de prendre toute la démesure de la saga ainsi annoncée. Les deux tiers droits sont plongés dans les ténèbres d’un haut mur derrière lequel se profile une aperçue en plongée d’un personnage songeur et d’une ancienne casse de voiture (on distingue une épave d’une Traction Avant Citroën, emblématique des années 1930-1950, ainsi que divers morceaux de ferrailles). Le personnage anonyme (rapporté au  mystérieux Monsieur Joseph du titre), bien que pouvant être connoté enquêteur, détective privé ou journaliste pour un lecteur lambda, se défini à vrai dire une nouvelle fois sur un mode cinématographique : la vue en plongée, le cigare fumant, le vent dans le manteau et l’auréole lumineuse qui l’environne le situent en effet dans une perspective carriériste fructueuse (c’est l’Empire annoncé…), sans le soustraire ni à la noirceur environnante ni à une Histoire visiblement pesante. La plongée et les couleurs sombres d’une grande partie du visuel s’accordent ici à un titre dont la typographie sera volontairement vieillie et abimée, et viennent refléter la noirceur d’âme du personnage, lui-même miroir de son époque. C’est, enfin, en rapportant cette couverture à une image symbolique du Citizen Kane d’Orson Welles (1941), que l’on trouvera la meilleure définition de Joseph Joanovici : l’ascension, le mythe et le mystère entourant un homme devenu puissant et régnant sans partage, mais dont aucun témoignage, après sa disparition, ne donnera au final une image entièrement véridique.

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Citizen Kane, d’Orson Welles (1941) : l’un des films les plus célèbres du Cinéma.

   Le visuel du second album reprend une photographie d’époque de Roger Schall, assez proche de celle placée en couverture d’A Paris sous la botte nazie, livre de Jean Eparvier publié en Novembre 1944. L’image nous montre une perspective de la Rue de Rivoli, couverte d’étendards nazis à croix gammée, la puissance de l’Occupant étant par ailleurs symbolisée dans l’uniforme du sergent des Waffen SS en train de surveiller la rue… Cette même vue est à comparer avec le travail très critiqué du photographe André Zucca, seul autorisé par la propagande nazie en 1941 à illustrer le journal Signal de photos en couleurs de la capitale (la Rue de Rivoli apparaitra ainsi déserte, tandis que Paris sera nonchalant, hors du temps et paraissant tout à fait s’accommoder de la présence des troupes allemandes… ). Le dessinateur choisi toutefois d’adapter cette image, à la fois en allongeant la perspective, en renforçant le contraste des couleurs, en replaçant le fameux « mur noir » déjà présent sur le premier visuel (des traces ensanglantées sont discrètement placées à l’avant-plan) et en intensifiant la marque visuelle des drapeaux flottant au vent (la croix gammée changera également de sens pour paraitre plus dynamique et menaçante, tout en venant simplifier la première lecture).

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Deux photos d’époque (couverture du livre Paris sous la botte nazie (1944) et vue de la Rue de Rivoli par André Zucca (1941) ; projets successifs pour la couverture du tome 2.

 

 La vue de face « coince » le lecteur dans une image et une Histoire immédiate : l’Occupant est partout, et l’unique solution de repli est la discrétion (le soldat allemand ne nous voit pas) ou la voie de l’ombre, de l’autre côté du mur-frontière. Le principal protagoniste de la série est lui-même invisible : point de héros, mais une focalisation justifiée sur la période, où « survivre » est devenu l’unique règle à  observer. Comme l’explique du reste Sylvain Vallée : « la thématique du tome 2 rejoint celle de Monsieur Klein. Le personnage face à la mécanique punitive nazie. Là, il va tenter de trouver les moyens de subsister face à cette mécanique écrasante, la délation, les camps etc. L’album commence en 1940 et Joseph tente de fuir pour rejoindre La Rochelle et s’embarquer pour les États-Unis. La thématique de cet album est vraiment comment Joseph cherche à sauver sa peau… ».

   Œuvre immédiatement frappante puisque inscrite dans la réalité de notre histoire récente, Il était une fois en France dresse un portrait d’une époque en « eaux troubles » d’une puissance peu commune : la légende y rejoint la fiction, tandis que la vérité de l’aspect documentaire donne un alibi de premier ordre au lecteur que la série n’oublie pas de questionner, pareillement à son « héros ». Dans les mêmes conditions, et, dans un camp ou dans un autre, comment aurions-nous agi ?

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Projet de couverture et visuel finalisé pour le tirage de tête du tome 1.

  

 Pistes supplémentaires : 

-  http://www.glenatbd.com/monsieurjoseph  : site des éditions Glénat dédié à la série. 

-   http://sylvainvallee.canalblog.com : le blog de Sylvain Vallée, où l’on retrouvera quantité de visuels, de crayonnés de planches et de dessins préparatoires à la série. 

-  http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?auteur=95 , http://www.expressbd.com/crbst_283.html et http://videos.france5.fr/video/iLyROoafYPFV.html : interviews de Sylvain Vallée et Fabien Nury réalisées lors de la parution du second volume. 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici : biographie de Joseph Joanovici sur l’encyclopédie Wikipédia

-  http://french-chanson.narod.ru/chant.html : texte écrit et chanté du Chant des Partisans

-   http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation et http://www.rue89.com/oelpv/quand-paris-rend-hommage-a-andre-zucca-photographe-collabo : photographies de Paris pendant l’Occupation et polémiques autour du travail d’André Zucca. 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Fabien Nury – Sylvain Vallée / Editions Glénat.

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Sylvain Vallée.

 

Blacksad t.01 : quelque part entre les ombres

25 octobre 2008

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

BLACKSAD t.01 : 

Quelque part entre les ombres 

(J. Diaz Canales et J. Guarnido) 

 Ed. Dargaud, 2000. 

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  Dossier téléchargeable : Blacksad t.01 : quelque part entre les ombres dans Déc'ouverte pdf Blacksad.pdf

   

  L’intrigue en résumé : 

  Natalia Wilford, une chatte actrice, est retrouvée morte assassinée.  Le détective privé John Blacksad décide alors de retrouver l’assassin, autant pour le réduire au silence que pour venger celle qui a été non seulement sa première cliente, mais aussi son premier amour. 

    

  De l’influence du Film Noir sur la création contemporaine : 

 Donner une définition du Film Noir n’est pas une chose aisée : on y trouvera une forme d’écriture, à la fois française et américaine, autant littéraire que cinématographique, venant définir un récit policier où le personnage principal, le plus souvent un détective privé, se retrouve emmené malgré lui à devoir résoudre l’écheveau complexe du désordre social. Basé sur une étude (proche du réalisme ou du naturalisme) des rapports faussés entre les personnages, le film noir est profondément pessimiste : la criminalité, l’univers opaque et sinistre de la ville tentaculaire, la nuit et la pluie, un éclairage expressionniste, la corruption policière, la jalousie, la trahison et les enjeux de pouvoir en sont les éléments clés et formels les plus remarquables. 

 Les premiers grands romanciers du genre, comme Dashiell Hammett (1894-1961) ou Raymond Chandler (1888-1959) participent très vite à l’écriture filmique des adaptations de leurs propres œuvres (Le Faucon Maltais par John Huston en 1941, Le Grand Sommeil par Howard Hawks en 1946), dans une véritable vogue courant de 1940 à 1958, année où paraissent La Soif du Mal (Orson Welles) et Sueurs Froides (Alfred Hitchcock). 

 Le Film Noir aura une influence exceptionnelle dès les années 1930 sur la production graphique paraissant dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, via le succès de comics strips tels qu’Agent Secret X9 (scénarisé par D. Hammett), The Spirit, Rip Kirby et Dick Tracy. Ces bandes puisent leurs inspirations dans la violence urbaine et d’authentiques faits divers, et amènent le roman comme le cinéma à s’interroger sur leurs propres références. Il faudra toutefois attendre les années 1970 pour voir arriver des films hommages au « genre » Film Noir, tels que Le Privé (Robert Altman – 1973) ou Chinatown (Roman Polanski – 1974), puis, des années 1980 à 2000, des œuvres mêlant adroitement les ambiances du Polar, du Fantastique et de la Science-Fiction (Blade Runner de Ridley Scott en 1982, Dark City d’Alex Proyas en 1998, Sin City de Frank Miller en 2005).  Seven (David Fincher – 1995) et L.A. Confidential (Curtis Hanson – 1997) ont par ailleurs redéfini pour longtemps au Cinéma les règles scénaristiques et stylistiques faisant des codes du « genre » film noir un arrière-plan en permanence recontextualisé de l’Amérique contemporaine,  située quelque part entre thriller, film policier et drame psychologique. 

 En Bande Dessinée, on retrouvera des références au Film Noir (autant qu’aux séries policières, au roman à énigme ou au polar social) dans divers champs allant de l’adaptation littérale à la parodie : citons ici et uniquement pour les récits où le héros est un détective privé,  Gil Jourdan de Maurice Tillieux,  Jess Long d’Arthur Piroton (le héros est agent du FBI mais les histoires archétypales du genre et particulièrement documentées), l’Inspecteur Canardo de Benoit Sokal (à la fois parodie et hommage aux personnages de Philip Marlowe, Mike Hammer et Columbo),  Jérome K. Jérome Bloche d’Alain Dodier et Sin City de Franck Miller. 

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Questionnaire pour les élèves : 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

  

NIVEAU 1 

-  Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

-   Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire) 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

NIVEAU 2 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans cet album. 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « policier » ? Cherchez la définition de « détective privé ». 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

NIVEAU 3 

-  Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

-  Pourquoi le personnage central est-il un animal : à quel archétype littéraire et/ou cinématographique fait-il référence ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits-animaliers, en contes, fables, romans ou bandes dessinées. 

-  Chercher la définition du genre « Film Noir » et listez-en les principaux codes ou éléments clés, ainsi que les œuvres, auteurs et personnages majeurs. 

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   Roughs et recherches graphiques diverses pour le visuel de Quelque part entre les ombres.

   

 Lecture et analyse de la couverture : 

 Fable, récit animalier, roman policier, film noir, bande dessinée anthropomorphique : Blacksad, quelque part entre les ombres  se présente d’emblée au lecteur comme une œuvre multi-référente, où toutefois, le genre émergeant comme les couleurs (sombres) données de prime abord, fondent le style résolument adulte.

 Le dessinateur d’origine espagnole Juanjo Guarnido était encore animateur employé dans les Studios Disney, lors de la réalisation du premier volume de la série Blacksad, qui comporte désormais trois titres (Arctic-Nation (tome 2 paru en 2005) et Ame rouge (tome 3 paru en 2005)). Dès 1990, il conçoit avec le scénariste Juan Diaz Canales l’histoire en noir et blanc d’un détective privé, agissant dans l’Amérique  des années 1950. John Blacksad sera donc in fine un « privé », félin anthropomorphisé au poil noir et au museau blanc, dont l’allure générale est reprise au Sam Spade incarné par Humphrey Bogart  dans le Faucon Maltais.

 Le visuel de couverture parait être une reprise, consciente ou non, de la couverture du troisième album des aventures de l’Inspecteur Canardo de Sokal (autre contexte mêlant le monde animal au genre noir), à ceci près que le méchant de l’histoire (l’inquiétant chat Raspoutine) serait en quelque sorte devenu le héros d’une aventure où la noirceur garde une place importante, comme l’affirme du reste le titre. Si le jaune et le noir sont des couleurs immédiatement référentes du genre policier, on remarquera en outre le choix d’un brun sépia, signalant une histoire passée, et le vert amande des yeux venus nous fixer, symbole du jeu du destin et du hasard auxquels les personnages du récit vont immanquablement se livrer. Un vert connotant la puissance du dollar américain autant que la liberté d’âme et d’action naturelle du chat n’est pas non plus à exclure de cette analyse.

 Ce qui est frappant sur cette couverture, outre la force émotionnelle d’un gros plan de face, c’est le manque d’informations délivrées dans le cadre : le lecteur est bien « quelque part entre les ombres » perdu par son éventuel manque de « références » ou de preuves, mais interrogé au plus profond de lui-même (par le personnage-animal) comme témoin d’une narration placée in situ : le crime a déjà eu lieu, l’affaire à déjà commencé. Qui est coupable ? Rien n’indique rien : ni un paratexte en huis-clos (comment distinguer, dans les noms proposés, le dessinateur du scénariste ?), ni un titre « anglophone » énigmatique et cependant très parlant une fois traduit (« noire tristesse »), ni la nuit dans laquelle s’engouffre l’histoire et d’où émerge la tête de Blacksad.

Titre sombre, regard noir et tendu, cigarette nerveusement en train de se consumer, typographie connotée, sous-titre « dactylographié » : autant d’éléments clés du roman et du film noir qui interviennent ici peut-être de manière plus littéraire que graphique, dans la mesure où, tous réunis, ils sont enfin parlants. Jeu sur les stéréotypes, ce visuel se veut être en effet une incarnation littérale du personnage du privé : portrait psychologique profond d’un personnage volontaire, charmeur et perspicace mais non dénué de cynisme ni de brutalité. Le personnage donne corps à la série et vice versa, comme l’indique le titre : n’apparaîtront donc pas ici ni l’arrière-plan mythologique urbain, ni la femme fatale, ni une dangereuse adversité. Ces trois éléments se retrouveront au demeurant en filigrane sur les visuels des albums suivants…

Blacksad propose par conséquent dès sa couverture au lecteur une atmosphère, une ambiance et une tonalité : le noir en sera la marque récurrente à tous les niveaux, la nostalgie et le pessimisme laisseront un gout amer, tandis que le héros cheminera, au gré de ses propres réflexions en voix-off, dans une jungle urbaine teintée du vice et de la corruption. Soit – et avec la complicité du « lecteur-témoin » – une itinérance imposée avec rigueur et une valeur plastique sublimée, quelque part « entre les ombres » de chacune des cases.

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 Blacksad, visuels de couvertures des tomes 2 et 3.

    

 Pistes supplémentaires : 

-       http://www.blacksadmania.com : site principal dédié à l’univers Blacksad

-       http://www.bdparadisio.com/intervw/blacksad/intblack.htm : interview des auteurs, réalisée en 2001. 

-       http://bernadac.club.fr/index.html : rétrospective de la Bande Dessinée policière au XXème siècle. 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir : article consacré au genre du film noir sur l’encyclopédie Wikipédia

-       http://cinema.film-noir.bifi.fr  : exposition de la BIFI consacré à la lecture des affiches françaises du film noir américain. 

-       http://pagesdefrancais.free.fr/sequences/College/blacksad.htm : séquence pédagogique de niveau 5ème/4ème consacrée à l’étude du premier album de Blacksad 

-       http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp40/Bibliographies/litteraturepoliciere.pdf. : bibliographie sur la littérature jeunesse policière, réalisée en 2006. 

   

  A lire : 

-    Blacksad, les dessous de l’enquête – Editions Imbroglio, 2001 : livre making of dévoilant la genèse du premier tome de la série. 

-    Blacksad, l’histoire des aquarelles - Editions Dargaud, Collection Christian Desbois, 2005 : livre making of revenant sur les recherches de maquettes couleurs et les roughs (esquisses) aquarelles, phase préparatoire de la palette et de l’éclairage des trois albums constitutifs de la série. 

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Maquette et recherche de couleurs pour la couverture du tome 1.

Extrait p.5 de  Blacksad, l’histoire des aquarelles.

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©J. Diaz Canales et J. Guarnido et B. Sokal  

©Editions Dargaud et Casterman – 1982, 2000 et 2008.

L’envolée sauvage t.01 et t.02

20 octobre 2008

  DOSSIER PEDAGOGIQUE 

L’ENVOLEE SAUVAGE t.01 et t.02   

(Laurent GALANDON et Arno MONIN)    

 Ed. Bamboo Collection Angle de vue, 2006 et 2007. 

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Dossier téléchargeable : L'envolée sauvage t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf L’envolée sauvage.pdf

  

  Les intrigues en résumé : 

  -    Tome 1 : La dame blanche : 1941. Simon habite à la campagne dans une famille qui l’a recueilli. Il est juif et sa présence devient insupportable au maire instituteur pro-allemand. Protégé par le curé du village, Simon est envoyé dans un séminaire dont il s’évade… 

 -      Tome 2 : Les autours des palombes : Simon, juif réfugié dans une ferme éloignée de la tourmente, est bientôt rattrapé par l’antisémitisme forcené. Il s’enfuit à nouveau et tombe sous la protection de Firmin, un résistant auquel Simon va donner un coup de main. Malheureusement, Simon est pris par la milice et déporté à Auschwitz avec la petite Ada. 

  

    Questionnaire pour les élèves : 

 La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

  NIVEAU 1 

-     Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

-     Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

-     Que représente l’illustration ? (la décrire) 

-     Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

-     Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

 

 NIVEAU 2 

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire commune racontée dans ces albums. 

-     Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration de chacun de ces albums. Quels détails indiquent le dramatique sujet historique traité au sein de ces albums ? 

-     Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

  NIVEAU 3 

-      Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des couvertures. Identifier notamment avec le visuel du second album, le lieu de l’action principale et l’époque à laquelle se déroule chaque récit. 

-     « L’ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

-     Un enfant solitaire, une étoile jaune, un « animal totem » (ou animal symbolique) : avec la documentation dont vous disposez, tentez de trouver des titres d’œuvres où l’on retrouve l’association de ces éléments. 

    

  Lecture et analyse de la couverture : 

  Comment parler de la Shoah à un public adolescent contemporain ? Voici la lourde et difficile question à laquelle on voulu répondre le scénariste Laurent Galandon et le dessinateur Arno Monin. Faire acte de mémoire, mais traiter le sujet avec délicatesse, poésie, et garder un espoir lié à l’enfance, sans détourner par ailleurs les horreurs de la réalité historique. On rappellera ici que l’Holocauste fit  plus de cinq millions de victimes. Pour la France, 75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, seront déportés de 1942 à 1944, principalement vers le camp d’Auschwitz.

 A l’inverse de bien des œuvres, le double album de l’Envolée sauvage surprend en ce qu’il n’est finalement ni inspiré par un témoignage direct d’un survivant des camps de la mort, ni ancré dès sa couverture dans un patrimoine visuel strictement « historisant ».

 La couverture de l’Envolée sauvage t.1 : la dame blanche est symptomatique de ces choix. C’est d’abord un titre surprenant (le sous-titre n’apparait qu’en page de titre intérieure), intriguant, déroutant… Le jeune lecteur ne devrait pas pour autant en déduire un récit strictement animalier, puisque le personnage central est bien un humain. S’agit-il alors d’une atmosphère fantastique ? Le paysage automnal décharné, les rochers monolithiques, les nuages sombres et le vent violent, les couleurs froides et pluvieuses, et la présence d’un rapace blanc inciteraient à répondre par l’affirmative ; d’autant plus que le sous-titre de ce premier volume, la fameuse Dame blanche, fait s’entrecroiser bien des notions : la référence fantomatique, le surnom de la chouette effraie et l’association entre un héros adolescent et un animal-totem de couleur blanche contribueront sans doute pour nombre de jeunes lecteurs à pré-situer l’œuvre quelque part entre Harry Potter, Tintin et Sans-Famille. Ce qui sera dès lors intéressant pour l’enseignant tiendra en la constitution d’un lien entre les thématiques internes à ces récits et celles inhérentes au cycle de Galandon et Monin : une adolescence orpheline et en souffrance, un décorum ou contexte hostile, une itinérance et un récit d’apprentissage, l’établissement de liens d’amitiés indéfectibles avec l’Autre, compris comme inséparable compagnon de route.

 De cette couverture, encore, et passé le mystère déroutant de la première découverte, on appréciera justement les détails : la typographie manuscrite et torturée du titre, la correspondance entre la déchirure blanche (où viennent s’inscrire le titre et les noms des auteurs) et la chouette, le visage fermé du personnage, qui semble lui-même suivre un chemin incertain (sans passé, puisqu’on n’en distingue pas les origines, cachées derrière la colline, et sans avenir, puisque se perdant entre herbes et rochers de sinistres augures). Au croisement des lignes de force de ce visuel, notre œil sera in fine attiré par la minuscule étoile jaune fixée sur le vêtement, à la place du cœur du personnage. Dévoilement lourd de perspectives et de conséquences, puisque le jeune héros, encore anonyme pour le lecteur, n’en paraitra que plus menacé : isolé, perdu, en proie à l’hostilité des éléments et dont la seule présence est « résumée » autant par une clôture aliénante que par une chouette ayant bien du mal à tenter son « envolée sauvage » (celle-ci perdant visuellement des plumes face à la tempête annoncée).

 Le même schéma s’établit en correspondance, en couverture du second volume l’Autour des palombes. Tout d’abord une modification de la donne dramatique puisque le contexte devient référencé : on reconnaitra en arrière-plan la sinistre entrée du camp d’Auschwitz, lieu de mort et d’enfermement connoté à la fois par la présence de divers éléments hostiles (clôtures et fils de fer barbelés, nuages noirs ou fumées acres, cailloux) et par l’autour des palombes, puissant rapace (ici ramené à l’aigle symbole du pouvoir fasciste) cherchant à s’emparer des faibles proies que semblent constituer les enfants/adolescents. Ceux-ci, à l’inverse de la première couverture, s’affranchissent à la fois d’un contexte pesant, puisque représentés « en marche », en contreplongée, et dans l’état de franchir un seuil important, soit un quadruple enjeu du sort, du hasard, de la liberté et du destin, notions toutes contenues dans la symbolique du vert se déroulant sur leurs pieds. Cette envolée libertaire, riche de tous les espoirs, s’oppose toutefois encore et en partie aux idées d’exclusion (symbolique de l’étoile jaune) et d’entrave (système totalitaire, barbelés, etc.), représentées sur ce visuel dans une itinérance étymologiquement « sinistre » des caractères. « Sinistre », c’est-à-dire, « à gauche »,  « préjudiciable » pour reprendre le sens premier donné par le latin.

 On déduira enfin de ce même parcours droite-gauche l’idée d’un retour, d’un nouveau regard sur le chemin parcouru, qui donne sans doute aux deux couvertures de l’Envolée sauvage leur portée symbolique la plus universelle : sans passé, le présent n’a pas d’avenir. Là se définissent bien tout le cœur et l’âme du message du devoir de mémoire.

 

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 L’entrée principale du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau après la Libération, en 1945.

Interview de Laurent Galandon :  

 Comment vous est venue l’idée de parler de la Shoah ? Une idée entre fiction et réalité, ou inspirée de choses réelles ? 

 Non, pas de base réelle. Je ne suis pas de confession juive, je n’ai pas connu ou ne connaît pas (ou alors sans le savoir) de personnes directement « touchées » par la Shoah. Par contre, j’ai eu l’occasion de travailler avec des jeunes en grandes difficultés et j’ai été étonné (atterré même peut-être) par leur méconnaissance sur le sujet. Aussi ai-je eu envie de participer, modestement, d’une part à un devoir de mémoire et, d’autre part, à une démarche « pédagogique ». Mais, rien de tout cela n’était conscient à l’écriture de l’histoire. 

  L’idée du titre s’est-elle imposée immédiatement ? 

  Assez rapidement en tout cas. C’est « un peu idiot » mais j’ai besoin d’un titre lorsque j’écris une histoire, quitte à le modifier par la suite. Ce titre, « l’envolée sauvage » permet de mettre en évidence plusieurs aspects historiques (le développement de l’antisémitisme ; la violence et l’horreur de la déportation et de l’extermination…) ainsi que des éléments directement liés à l’histoire de notre héros (sa passion et sa relation aux oiseaux). Par ailleurs, le titre porte également d’évidentes métaphores (liberté/emprisonnement…). Enfin, et plus simplement, il « sonne » bien, non ? Un film, très bien, réalisé par Caroll Ballard, porte ce même titre. 

  Avez-vous effectué beaucoup de recherches graphiques concernant l’élaboration de cette couverture ? 

La couverture, c’est l’espace de liberté – totale – d’Arno ! Aussi n’avons-nous jamais d’idée arrêtée. Généralement, nous attendons qu’une première grosse partie de l’album soit avancée pour commencer à en parler. Alors nous échangeons, pas tant sur la forme, plus sur l’ambiance et les informations que nous souhaitons y faire passer, les éléments qui nous semblent importants et forts.  Arno proposera alors des premiers roughs, mais finalement ils ne seront pas très éloignés les uns des autres. Lors de cette phase, l’éditeur est très présent. Des échanges « à trois » se mettent en place pour arriver à une mouture définitive. Arno fait preuve d’une grande sensibilité (pendant tout l’album) mais, plus encore à l’égard de la couverture. Aussi sommes-nous arrivés assez vite aux couvertures telles qu’elles sont, les albums sortis. 

  Autre question, avez vous, lors de la parution du tome 2, évoqué l’idée d’une « relation graphique » évidente entre les couvertures des deux albums, outre, sans doute, l’évocation d’une itinérance ? 

    Oui. La « marque blanche » dans laquelle apparaît le titre. Pas tant pour la « signification » qu’elle pourrait porter mais davantage en terme de « marqueur » graphique.  Dans la première couverture, Simon est seul et statique, à ce stade il subit encore l’Histoire ; dans le tome 2, il est en mouvement et avec Ada, son histoire s’inscrit dans l’Histoire 

 Des références filmiques ou littéraires ? 

  Elles sont nombreuses. En matière cinématographique, outre les « grands classiques »,  je citerai La vie est belle dont (en toute modestie), je me sens assez proche. Le personnage de Roberto Benigni arrive à traverser les épreuves grâce à l’humour qu’il déploie pour laisser croire à son fils que leur déportation est un jeu ; Simon affronte des épreuves similaires grâce à son « amour » pour les oiseaux. En matière de livre, évidemment Si j’étais un homme de Primo Levi, mais j’évoquerai aussi volontiers C’est en hiver que jours rallongent  de Joseph Biallot (qui a également connu les camps). 

 Que pensez-vous des adaptations de « Paroles de… » et plus généralement des « mises en images » des témoignages des survivants de cette période ? 

   A part l’inégalé et l’inégalable chef d’œuvre Maus d’Art Spiegelman, je connais assez peu les adaptations de cette période en BD. Yossel de Joe Kubert est également un bel ouvrage (sur le ghetto de Varsovie) qui tient davantage du carnet de croquis que de la bande dessinée. Donc, si c’est bien fait, je crois que chaque pierre à l’édifice de l’indispensable devoir de mémoire est le bienvenu… Peut être plus encore en ce début de XXIème siècle. 

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Recherches graphiques pour la couverture du tome 2 (Copyright Arno Monin et Editions Bamboo).

 

Pistes supplémentaires : 

-    http://www.angle.fr/catalogue/l-envolee-sauvage-tome-1-grand-angle-15.html : site officiel de l’éditeur Bamboo. 

-     http://www.dailymotion.com/video/x3gjzk_interview-l-galandon-et-a-monin-par  : interview vidéo des auteurs. On y trouvera de nombreux détails sur la naissance de l’œuvre et le concept de « devoir de mémoire ». 

-     http://workinprogresslg.blogspot.com/ : blog exposant les différents projets de Laurent Galandon. On y retrouvera divers documents et critiques de l’Envolée sauvage (voir à la date du 23 Aout 2007).

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah et http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz : articles consacrés à la Shoah et au camp d’Auschwitz sur l’encyclopédie Wikipédia

-     http://www.ushmm.org/wlc/fr/ : encyclopédie multimédia de la Shoah. 

-     http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=2038 : la Shoah en bande dessinée, une bibliographie… 

-      www.abc-lefrance.com/fiches/VieestbelleBenigni.pdf : dossier ABC Le France consacré au film La vie est belle (R. Benigni – 1998). 

 

 

 Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes Galandon/Monin et Ed. Bamboo©.

L’interview de Laurent Galandon est reproduite dans ce dossier avec l’aimable autorisation de l’auteur.  

Sorcières & Pleine Lune

5 octobre 2008

DOSSIER PEDAGOGIQUE /

SORCIERES et PLEINE LUNE

 (Christophe CHABOUTE)

Ed. Le Téméraire et Vents d’Ouest - 1998, 2000 et 2001.  

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Dossier téléchargeable :  Sorcières & Pleine Lune dans Déc'ouverte pdf Sorcièresetpleinelune.pdf

 

  • L’auteur, sous le signe du noir et du blanc :

  Christophe Chabouté est né en 1967 en Alsace. Le grand public découvrira seulement en 1998 celui qui n’était jusqu’ici qu’un graphiste free-lance : le succès immédiat de l’album Sorcières (Ed. le Téméraire), et l’Alph-Art Coup de Cœur venu récompenser au Festival d’Angoulême Quelques jours d’été (Ed. Paquet), imposent le style comme les thématiques fortes de l’auteur. Attiré très jeune par les domaines du dessin et de la narration, Chabouté cadre ses histoires dans un noir et blanc souvent intimiste et crépusculaire, où les personnages dérivent entre la solitude d’une morne réalité, un fantastique attirant et l’exutoire d’une folie meurtrière. Il obtient le Grand Prix RTL pour sa vision du destin d’Henri Désiré Landru en 2006 (Ed. Vents d’Ouest) parfaite mise en œuvre du rapport entretenu selon l’auteur entre l’Histoire, l’intimité poétique des personnages et leur mouvance entre raison et déraison, grandeur et décadence, fatalité et destin, dessinés dans un noir et blanc qui sait habilement éviter tout manichéisme.

 

  • Les intrigues en résumé :

- Certaines sorcières peuvent être machiavéliques, rancunières, manipulatrices, d’autres maladroites, voire touchantes. Aucune ne laisse indifférent. Êtes-vous sûr que votre voisine n’en est pas une ?

- Un fonctionnaire à la vie réglée voit en une nuit ses petites habitudes bien ancrées voler en éclats. De minable tortionnaire il devient violeur puis voleur. Et si tout cela n’était que l’effet de la pleine lune ?

 

  • Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quels sont les titres de ces B.D. ? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Quel est le nom de l’éditeur et de la collection ?

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

- Que représente l’illustration ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ?

 

NIVEAU 2

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire commune racontée dans ces albums.

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration de chacun de ces albums. A quel genre littéraire/cinématographique peut-on les associer?

- Ces couvertures vous donnent-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 

NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère de chacune des couvertures. Identifier le lieu de l’action principale et l’époque à laquelle se déroule chaque récit.

- « L’ambiance » de ces couvertures vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

- Une pleine lune, un chat (noir), un bois dans la nuit, un personnage solitaire: avec la documentation dont vous disposer, tenter de trouver des titres d’œuvres où l’on retrouve l’association de ces éléments.

 

  • Lecture et analyse de la couverture :

  Chez Chabouté, les titres sont une entrée en matière immédiate : c’est d’abord un univers cumulatif de deux genres, le Fantastique ou le Policier, souvent associés dans la notion de thriller psychologique ou surnaturel. C’est ensuite une référence à l’univers du conte et de la fable, dans la mesure où chaque récit est titré du nom d’un personnage, s’inscrit dans un lieu emblématique et se déroule sous des cieux propices.

  Sorcières et Pleine Lune traduisent leur appartenance à ce même corpus, autant par la grande similarité qui réunit ces deux visuels, que par les quelques détails qui peuvent les différencier. On se posera en outre la question de savoir en quoi les tonalités noires et blanches de la mise en images « à la manière » de Chabouté peuvent associer l’œuvre de celui au roman graphique, et plus généralement au monde de la Littérature romanesque (voir sur ce point l’album paru en 2006 Construire un feu, adaptation d’une célèbre nouvelle de Jack London).

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  Economie de moyens, longs silences et ambiances de rigueur ne suffiraient pas à définir le style narratif de l’auteur, dont les visuels en clairs-obscurs ici étudiés sont cependant de parfaits exemples. Symbole de cette économie, le décor se réduit à l’essentiel : ciel infernal et rougeoyant,  forêt (Noire) évocatrice des frissons de l’enfance et des cauchemars du monde adulte, quelque part entre Le Petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet et un récit de Stephen King. Une forêt maléfique digne des longs métrages de Walt Disney (Blanche Neige et les 7 Nains (1937), La Belle au Bois Dormant (1957)), qui peut d’ailleurs se résumer à un seul arbre (cette fois on songera à l’arbre-refuge du Chevalier sans-tête de la Légende du Val Dormant de Washington Irving (1819), qui inspira le Sleepy Hollow de Tim Burton (1999)) et  qui symbolise dès ses origines tout un pan du Cinéma Fantastique. Corrompue par le mal, soumise ou alliée au vampire – on ne sait -, la forêt maléfique protège l’antre du Mal. Le passage vers la mort, le désespoir et la peur, symbolisé par un pont, se trouve justement au cœur de cette forêt (« Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » est l’un des cartons les plus célèbres du cinéma muet, issu du film Nosferatu de  F.W. Murnau en 1921). La forêt incarne ce lieu de transition entre le monde rationnel, rassurant, peuplé d’humains ordinaires et celui, terrifiant, de l’occulte et du fantastique, habité par les monstres et autres créatures du diable. Avec Nosferatu, le ton est donné. D’emblée la forêt occupe un rôle-clef dans le Fantastique, et en particulier dans les récits d’épouvante. Chabouté en a fait son décor-type, de l’illustration pour l’intégrale de ses premiers récits, parue en 2006, jusqu’aux visuels de La bête ou Construire un feu.

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  De cette union surnaturelle entre la terre, le ciel et le vivant découle toutefois chez Chabouté non la monstruosité mais la peur et la folie : un chat noir et un humain en fuite sous la pleine lune en sont les signes annonciateurs, mais seul le lecteur les transformera sciemment ou inconsciemment en ce qu’ils ne sont pas encore graphiquement parlant (un chat sorcier(e) surnaturel ou un loup-garou). Cette « inconscience » tire sa force d’un décorum savamment mis en place : ciel tourmenté, arbre décharné, chat de sinistre présage (un chat noir est l’incarnation du Diable depuis le Moyen Age) digne de son homologue du Cheshire chez Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles, 1865) et monde clos (de barbelés !) duquel on n’entrouvre qu’une porte timide. Chacun de ses éléments est enfin associé dans un jeu pictural proche du ténébrisme, où les contrastes entre ombres et lumières insinuent une violence psychologique sourde.

  Silhouette anonyme et apeurée, l’humain, bien que désireux de poursuivre un récit entamé sur le rythme de lecture traditionnel (gauche-droite), ne fait que subir un environnement-monde qui le dépasse : pour preuve, sur le visuel de Sorcières, la toile-piège qui lui est tendue dans la partie droite de l’illustration, entre chat à l’affut d’une innocente victime et barbelés mortifères (un détail modifié dans la version la plus récente de l’album) ; preuve encore, sur le visuel de Pleine Lune, entre une forêt opaque et  déjà prédatrice de l’ombre du coureur, et non sens instauré par la course comme par la dualité ombre-lumière de ce même coureur (pourquoi court il vers la nuit et non la lumière ? Pourquoi l’ombre projetée sur le sol ne correspond-elle pas à l’angle naturel de la lumière lunaire (qui par ailleurs semble totalement indépendante du décor-forêt de l’avant plan) ?). Une ombre maléfique sans doute, que l’on n’aura là aussi aucun mal à rapprocher de celles de Dracula (Bram Stocker, 1897) ou de Nosferatu dans le folklore et le cinéma expressionniste anglo-saxons. Entre promesse de l’ombre et la bête dans l’ombre, Chabouté semble donc avoir choisi, à travers un découpage justement très cinématographique de chacune de ses histoires.

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  Le silence trouble, le sentiment de solitude, le froid ou la nuit, le monde réduit à un univers clos sont également très récurrents chez Chabouté (voir l’ensemble des visuels de couvertures) : l’humanité en est en général exclue, au profit du regard engagé du lecteur-spectateur, qui prendra donc (à tort ou à raison) la place du héros traditionnel. A la lecture du visuel, on ne saurait justement dire où se situer, à l’inverse de quantités d’illustrations : avant, pendant ou après l’action principale ? La scène est là, mais sans figurants, éternel témoin muet d’un drame perpétuel : celui de l’affrontement avec la réalité et avec le temps, dont on connait l’ultime issue. Rien ne sert de courir…

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 Les albums de Chabouté sont en noir et blanc : intemporels, comme un étrange et cruel portrait du quotidien, et par là même une définition du Polar et du Fantastique. Plein soleil ou Pleine lune. Noir et blanc comme la vie et la mort qui hantent en vérité tous ses personnages de papier.

 

  • Pistes supplémentaires :

- http://colombine65.free.fr/chaboute : site non-officiel de l’auteur.

-  www.ventsdouest.com/christophe-chaboute-000000017484-091.htm : page dédiée sur le site des éditions Vents d’Ouest.

- http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=25: interview de l’auteur.

- http://www.bodoi.info/archives/2008-09-03/1788/1788 : interview réalisée par le magazine Bodoï (dossier téléchargeable au format PDF).

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-dossiers&id_article=508: page consacrée à l’album Tout seul sur le site de France 5.

 

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes Ch. Chabouté, Ed. Le Téméraire, Glénat et Vents d’Ouest©.

Chute de vélo

24 septembre 2008

 DOSSIER PEDAGOGIQUE /

CHUTE DE VELO

(Etienne DAVODEAU) -   Ed. Dupuis – 2004

Dossier téléchargeable :  Chute de vélo dans Déc'ouverte pdf 7chutedevlo.pdf

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 L’auteur et l’album :

 Né en 1965, Etienne Davodeau fait partie intégrante de cette « nouvelle vague » d’auteurs complets, qui depuis une dizaine d’années, ont complètement renouvelé le panorama et les thématiques abordées dans le 9ème Art. Engagés entre fiction et récit-reportage depuis son premier scénario en 1992, les albums de Davodeau se lisent d’abord à l’aune d’une position militante affirmée. Celle-ci n’altère toutefois en rien la qualité documentaire du propos, comme en témoignent ces « récits du réel » successifs que sont Rural (2001), Les mauvaises gens (2005) ou Un homme est mort (2006 – Prix France-Info 2007 de la BD d’actualité). Largement autobiographique, le style de l’auteur permet d’ancrer sa narration dans un graphisme emprunt d’émotion qui joue dignement d’une « lecture éditoriale » du quotidien. Chute de vélo, paru en 2004, est l’album-archétype de cette double volonté fictionnelle et documentariste : chronique sociale douce-amère,  cette « chute » est celle de la découverte, à mi-mots, du secret détenu par chacun, et qui est ce lent passage vers la gravité des adultes.

L’intrigue en résumé :

  Les membres d’une famille ordinaire préparent la vente de la maison de leur mère. De l’autre coté de la rue, un maçon forme son apprenti d’une bien étrange façon. Tout ce petit monde se retrouve mêlé et emmêlé dans une comédie grave, amère et légère tout à la fois.

Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Quel est le nom de l’éditeur et de la collection ?

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

- Que représente l’illustration ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ?

NIVEAU 2

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

-  Tenter d’expliquer l’absence de personnages sur ce visuel. A quelles œuvres vous fait penser le thème de la ville, du village ou du monde abandonné, vides de toute présence humaine ?

-   Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l’action principale.

- «L’ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix.

- Pouvez-vous expliquer le rapport entre le titre et l’illustration ?

Lecture et analyse de la couverture :

 Chute de vélo s’offre à nous dès le visuel de couverture sous le double signe du mystère : que signifie au juste le titre et où sont les héros ? Le dessin offre un vide dérangeant et auquel le lecteur traditionnel n’est guère habitué : aucun détail, objet abandonné ou visage lointain, ne retient l’œil qui est attiré par la ligne de fuite qu’offre la vue longiligne de la rue. Tout au plus ce même lecteur remarquera une étrange correspondance entre le dessin et la collection « Aire Libre ».

 Le vide. L’absence. L’incertitude. La peur ? Quatre thèmes mis en correspondance et qui peuvent conduire à s’interroger sur la trame narrative : l’album est-il une adaptation des Enfants de Timpelbach d’Henry Winterfield (1937), où des enfants retrouvent leur village abandonné par les adultes ; est-ce une variation sur la fin du monde digne de Je suis une légende (Richard Matheson – 1954), narrant la vie du dernier homme sur Terre ? Rien de tout celà, car, là encore, aucune trace ne l’indique, ni jouet délaissé, ni trace de fuite, ni destruction de bâtiment…

  Ruelle ou rue de village ou de banlieue en zone rurale, la vue fait prioritairement penser à une carte postale récente : lieu sans âme (humaine ou animale) ni voiture, mais lieu entretenu, soigné même si l’on s’en réfère aux murs extérieurs et à la végétation, à l’exception notable de la haie ombragée sur la gauche. Les élèves ne devraient à l’évidence pas remarquer une temporalité pourtant bien marquée : la présence de la végétation et le ciel indiquent la saison estivale, qui elle-même crédibilise la rue déserte (chaleur et départs en vacances…). Il ne s’agit pas d’un récit ancien puisque les poteaux, câbles et lampadaires électriques sont tous contemporains. L’ambiance graphique de ce visuel est renforcée par le biais de teintes pastel beiges qui viennent s’opposer aux ardoises des toits noirs  environnants.

  D’où nous vient cette impression de mélancolie et de malaise ? Du titre, tout d’abord, car évoquer une « chute de vélo », c’est exprimer autant l’enfance que des souvenirs douloureux, et parler au même degré de cercle tragique inexorable que de destinée humaine. Titre qui ne se raccorde visuellement ni à un vélo ni à enfant et le rend donc d’autant plus troublant…

  Cette impression de malaise se glisse de manière subtile dans le champ visuel : notre œil est tôt ou tard accroché par la masse noire de la haie sur la gauche (côté négatif symbolique), haie visiblement mal entretenue (des branches folles dépassent) et dont l’ombre répercutée sur la route trace une courbe insinueuse du terrain situé au-delà : alors seulement nous remarquerons le portail légèrement entrouvert, comme un appel au franchissement. Frontière ou limite inscrite dans l’espace entre les deux poteaux électriques, puisque le village se trouve après, mais que notre champ d’action se situe en amont ; village situé sous un ciel bleu alors que la zone circonscrite derrière la haie est sous un ciel jaunâtre, de beaucoup plus orageux…

 Fracture ou faille spatiale signifiée, la rue se poursuit comme un courant que l’on ne serait retenir : pas de témoins, pas de témoignages, mais une certaine « image des choses », comme une carte postale, qui entre murs et clocher, se serait laisser emporter par le vent et par le temps. C’est tout l’art de Davodeau, exprimé en une couverture qui est un tableau silencieux autant qu’un long chuchotement.

 

Pistes supplémentaires :

- http://www.etiennedavodeau.com/ : site officiel de l’auteur.

- http://www.bdtheque.com/interview-etienne-davodeau-40.html et http://www.bruitdebulles.com/spip.php?article109: deux interviews d’Etienne Davodeau, concernant la perception de son œuvre et ses méthodes de travail.

- http://www.france5.fr/bd/index.php?page=bd-bande-dessinee-videos&id_document=1003: interview vidéo et dossier France 5 BD.

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes Ed. Dupuis©.

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