Adèle et la bête

DOSSIER PEDAGOGIQUE /

ADELE ET LA BETE (J. TARDI) -   

 

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  • L’album :

 Suite à une proposition de son éditeur Casterman, le dessinateur français Jacques Tardi crée en 1975 le personnage féminin d’Adèle Blanc-Sec, au sein d’un hommage au roman-feuilleton et au Paris du début de siècle. En 1976 parait le premier épisode, Adèle et la Bête, qui sera suivi de trois autres aventures les années suivantes (Le Démon de la Tour Eiffel (1976), Le Savant Fou (1977) et Momies en folie (1978)), tous venant compléter une saga prénommée Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec.

  Habile mélange de récit policier et fantastique, de politiquement incorrect et « d’anarchisme serein », entre codes du récit-feuilleton et dynamitage des règles narratives de la Bande Dessinée traditionnelle, Tardi impose surtout un style unique, tendant vers le brulot antimilitariste et la dénonciation de la Guerre de 1914-1918, qui animeront également le reste de son œuvre.

  • L’intrigue en résumé :

  Au Musée d’Histoire Naturelle de Paris éclot en 1911 un Ptérodactyle ! De Lyon, un savant télépathe le contrôle, mais il arrive à l’oiseau préhistorique de lui échapper et de tuer. Au même moment, Edith Rabatjoie est retenue prisonnière par Adèle qui veut sauver de la guillotine Ripol, accusé à tort du meurtre d’un banquier. S’ensuit une rocambolesque course au trésor…

  • Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Quel est le nom de l’éditeur ?

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

- Que représente l’illustration ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit l’image ?

NIVEAU 2

-    Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu et l’époque dans lesquels se déroule l’action principale.

- Que signifie selon vous le titre? A quelle œuvre fait-il référence? Mêmes questions pour le sous-titre.

- A quel(s) genre(s) littéraire(s) ou cinématographique(s) se rattache(nt) selon vous cette couverture? Expliciter vos choix.

  • Lecture et analyse de la couverture:

 La première de couverture d’Adèle et la Bête est d’abord emblématique d’une manière de percevoir la Bande Dessinée comme œuvre littéraire à part entière, Casterman étant réputé dans le domaine (éditeur d’Hergé et d’Hugo Pratt, de François Bourgeon et de Philippe Geluck).

  Hommage au style feuilletonesque, né en 1836 et florissant dans la seconde partie du XIXème siècle, autour d’auteurs tels que Dumas, Balzac, Eugène Sue (Les Mystères de Paris en 1842), Paul Féval (Le Bossu en 1857) ou Ponson du Terrail (Rocambole, également en 1857), Tardi relie en outre la mythologie interne des aventures d’Adèle (qui est elle-même romancière…) à la fois au journalisme et à deux corpus de récits :

 - Tout d’abord les romans policiers des années 1890-1910, à commencer par l’incontournable Sherlock Holmes de Conan Doyle, qui nait en 1887 et dont Adéle adopte la posture d’investigatrice curieuse et réfléchie. L’héroïne de Tardi revêt toutefois des aspects psychologiques plus sombres et criminels, dont le Fantômas de Souvestre et Allain (1911), qui fournit un arrière-plan iconographique de premier choix, l‘Arsène Lupin de Maurice Leblanc (1908) ou encore le Rouletabille de Gaston Leroux (Mystère de la chambre jaune en 1907) semblent être les modèles les plus directs. Le sous-titre «Les Aventures Extraordinaires…» est repris ou inspiré du titre originel de la compilation des histoires de Rouletabille et d’Arsène Lupin tout autant que d’une dérivation des Voyages Extraordinaires de Jules Verne et des Histoires Extraordinaires de Poe/Baudelaire (1856).

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 - Les romans de la veine Fantastique et Science-Fiction, ensuite, puisque Adèle côtoie dès ses premières aventures monstre préhistorique, savant fou et malédiction égyptienne: on citera ici pour mémoire Edgard Poe (Double assassinat dans la Rue Morgue, en 1841), Mary Shelley et Bram Stocker, Théophile Gautier, R.L. Stevenson et H.G. Wells… Le titre Adèle et la Bête est un évident clin d’œil à la Belle et la Bête, conte écrit par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en 1757.

On pourrait s’interroger à ce stade sur le processus de création graphique de Tardi, plongé entre mode Rétro,  Art Nouveau et style emprunté au genre Steampunk. On ne gardera en tête que le goût de recréation historique et documentaire de Tardi pour représenter un Paris début de siècle : sur la couverture, les toits en zinc typiques, les longues cheminées, les habits d’Adèle ainsi qua la double typographie du titre et sous-titre renvoient au contexte 1900 ou de la belle Epoque. Les élèves identifieront Paris par défaut, en dépit du fait qu’on n’en perçoive pas les monuments emblématiques.

 Aventure graphique plongée dans un contexte historiquement daté, Adèle et la bête livre dès sa typographie une ambiance et un décor de genre : cette typographie est inspirée de celle mise en place pour la construction du Métro Parisien en 1900 selon les travaux de l’architecte Hector Guimard, et en particulier de l’inscription du nom des stations figurant sur les édicules publics (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9nagement_des_stations_du_m%C3%A9tro_de_Paris). C’est tout un « passé réfléchi par l’image » qui s’offre ainsi en couverture, doublement mis en scène à la fois en un mixage de références littéraires assez aisément « lisibles » pour un bon lecteur, mais aussi par un contraste inquiétant : celui entre l’héroïne isolée et le monstre préhistorique (induisant l’inverse du titre référencé), les couleurs chaudes et froides, le réalisme historique et l’intrusion du Fantastique, et finalement l’ombre et la lumière, annonciatrices du véritable style de Tardi.

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Soumises aux impératifs du marketing, et récemment révisée en vue de son intégration dans une collection complétée de la sortie d’un ouvrage en 2007, la couverture initiale a largement (totalement ?) perdu de son charme et de son intérêt au sein de la nouvelle maquette. On pourra toutefois la comparer avec l’ancienne édition auprès des élèves et demander leurs préférences.

  • Pistes supplémentaires:

- http://blancsecadele.free.fr/menu.html : site non-officiel consacré à la série.

- http://bd.casterman.com/catalogues_list.cfm?CategID=1524&OwnerId=811: page consacrée à Tardi sur le site des Editions Casterman.

- http://membres.lycos.fr/pazuzu/sommaire.htm : le dictionnaire des aventures d’Adèle

- http://www.discip.ac-caen.fr/lettres/lettres-modernes/article.php3?id_article=31: séquence en Français sur la lecture de l’œuvre intégrale.

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes © Casterman – Avec l’aimable autorisation des auteurs et des Editions Casterman.

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