Les Bijoux de la Castafiore

  DOSSIER PEDAGOGIQUE /

 LES BIJOUX DE LA CASTAFIORE 

(HERGE) -  

Dossier téléchargeable : Les Bijoux de la Castafiore dans Couverture mythique pdf 6lesbijouxdelacastafiore.pdf

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  L’album :

 L’album des Bijoux de la Castafiore, paru à l’origine dans l’hebdomadaire Tintin en 1963, a une place tout à fait à part dans la série des Aventures de Tintin. Souvent préféré des tintinophiles avertis, cet épisode, vingt et unième de la série, est celui dont Hergé dit :

 « Mon ambition était de simplifier encore, de m’essayer à raconter, cette fois, une histoire où il ne se passerait rien. Sans aucun recours à l’exotisme (sauf les romanichels : l’exotisme qui vient à domicile !). Simplement pour voir si j’étais capable de tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout ! » (Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé, p. 70)

 Ou encore :

 « L’histoire a mûri de la même façon que les autres mais a évolué différemment, parce que j’ai pris un malin plaisir à dérouter le lecteur, à le tenir en haleine tout en me privant de la panoplie habituelle de la bande dessinée : pas de « mauvais », pas de véritable suspense, pas d’aventure au sens propre… Une vague intrigue policière dont la clé est fournie par une pie. N’importe quoi d’autre, d’ailleurs aurait fait l’affaire : ça n’avait pas d’importance ! Je voulais m’amuser en compagnie du lecteur pendant soixante-deux semaines, l’aiguiller sur de fausses pistes, susciter son intérêt pour des choses qui n’en valaient pas la peine, du moins aux yeux d’un amateur d’aventures palpitantes. »

Parvenu à l’apogée de son œuvre, Hergé s’amuse à en renverser les thèmes et les codes traditionnels ; il s’offre en quelque sorte le luxe d’une géniale parodie du récit d’aventure, dans un album qui se résumera à un drame domestique à huis clos, dans et autour d’une propriété de Moulinsart érigée en vaste décor théâtral.

  

  L’intrigue en résumé :

   Tout va pour le mieux à Moulinsart, sauf l’escalier dont une marche est cassée. Une lettre de la Castafiore annonce son arrivée imprévue. Sur le point de partir, Haddock se fait une entorse, ce qui le force à rester et à affronter la tempête musicale. Accompagnée de sa camériste Irma et de son pianiste Igor Wagner, Bianca s’installe au château. Bientôt suivent une horde de journalistes qui ne tardent pas à inventer une rumeur de mariage entre elle et Haddock. Survient alors le vol de son émeraude…

 

 Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quel est le titre de la B.D.? Quel est le nom de son auteur et où ce nom est-il écrit ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Quel est le nom de l’éditeur ?

- Pourquoi, à votre avis, les mots écrits sur la couverture sont-ils de tailles différentes ?

- Que représente l’illustration ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ?

NIVEAU 2

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans la B.D.

- A qui s’adresse Tintin? Est-ce une attitude courante sur une couverture d’album de bande dessinée?

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D.? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. Identifiez le lieu de l’action principale.

- A quel genre littéraire et cinématographique se rattache selon vous cette couverture? Expliciter vos choix.

- Trouver tous les détails qui suggèrent dans l’image l’idée de suspense.

- A votre avis, que signifie le geste amusé adressé par Tintin au lecteur?

- Chercher d’autres œuvres d’art où un personnage, sinon l’artiste lui-même, a le regard tourné vers le spectateur.

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Annonce de la prépublication des Bijoux, en couverture du Journal de Tintin n°665 (20 Juillet 1961).

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Planche-annonce publicitaire parue dans le Journal de Tintin.

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Crayonné de la couverture par Hergé.

 

 Lecture et analyse de la couverture :

  On l’a dit, Les bijoux de la Castafiore est un chef-d’oeuvre d’anti-récit.  Pas d’aventure renversante donc, ni de voyage au bout du monde, à peine une énigme, quelques fausses pistes et point de coupables : tel se présente l’album de tous les contre emplois. Rien, ni les personnages, ni le décor et encore moins le récit, n’échappe à ce mouvement de retournement. Hergé s’amuse à troubler sa fameuse « Ligne Claire » (expression créée en 1977 pour qualifier le style graphique hergéen).

 Si ce constat est évident une fois le livre refermé, il l’est moins quand on ne l’a pas encore lu : la question est donc de savoir si Hergé n’aurait pas conçu sa couverture comme un « jeu » digne de Sherlock Holmes. Ambiance, personnages, lettrages et typographies, couleurs, tout semble effectivement en représentation, voir en sur-indication, comme autant de signes adressés aux lecteurs les plus clairvoyants et perspicaces.

 Commençons par le début…

  Le titre s’accompagne d’une typographie emblématique à la fois de la série Tintin et des titres des Aventures de Blake et Mortimer (E.P. Jacobs étant l’un des proches collaborateurs d’Hergé dès 1943, associé au sein du Journal de Tintin à partir de 1946) : Hergé, toutefois, n’aura jamais réellement chercher à introduire systématiquement la notion de suspense dans le nom de ses aventures (voir le Secret de la Licorne ou l’Ile Noire en contre-exemples), à l’inverse d’un Jacobs friand de qualificatifs inquiétants (secret, mystère, énigme, marque, piège). Les Bijoux de la Castafiore est un titre simple, mais un titre en résonnance, puisque non seulement les fameux objets de valeur figurent « incrustés » en lieu et place des lettres « o », mais aussi que leurs couleurs attirent l’œil (un rubis et une émeraude ?) et que, finalement, ils poussent le lecteur à sur interprétation. « O » ou « Oh, que va-t-il arriver à ces bijoux ? » Pourquoi nous en parle-t-on ? Titre de roman policier ou de film (on songe à Arsène Lupin ou au film La main au collet (A. Hitchcock – 1955)), affaire annoncée avant même sa mise en situation, à comparer avec la véritable Affaire du collier de la reine (1785), qui sera transformée par Jacobs en Affaire du collier en 1967 dans un album également très en résonnance…

 Si les bijoux sont mis au centre de l’intrigue, c’est qu’ils sont – surement – appelés à disparaitre, vouloir être volés ou enjeux de conflits personnels, bref, un enjeu scénaristique certain. Que constate de plus le lecteur-enquêteur ? Que ces mêmes bijoux, appartenance de la célèbre diva, ne sont pas portés à son coup (on imagine une parure ou un collier, plus qu’une bague ou un bracelet), et donc en quelque sorte déjà escamotés ou en train de l’être…

Effet de résonnance, encore, puisque l’air préféré de la Castafiore est précisément celui des Bijoux, extrait d’opéra fameux issu de l’Acte III du Faust de Gounod (1859), qu’elle semble chanter sur ce visuel ! Et d’un air à « envoler », il n’y a bien sur qu’un pas…

 Quid ensuite du décor, de l’ambiance ?

 On remarquera d’abord la présence insolite de caméras, d’un tournage, et de figures inconnues pour les fidèles lecteurs des aventures du jeune reporter. Placée dans la lumière d’un projecteur, il y a littéralement « mise en scène » : une grande porte fenêtre et les reflets sur le sol suffisent à évoquer le cadre luxueux (celui du Château de Moulinsart), tandis que la Castafiore est en représentation, habillée d’un rouge vif qui vient compléter les couleurs dominantes de cette couverture. Rouge, jaune, bleu marine, vert sombre et noir, soit un parfait résumé des couleurs associées au récit policier (à commencer par la célèbre maquette de la collection Le Masque, dont le titre en jaune et noir est un parfait reflet). Cette mise dans la lumière artificielle s’accompagne d’une obscurité (fait-il nuit ?) très oppressante, abîme où se glissent l’ensemble des personnages et animaux ici dessinés, comme pour mieux s’y confondre.

  Maitre de la fausse piste, Hergé pousse ici très loin les signaux distinctifs : si les bijoux sont menacés, c’est qu’un coupable rôde dans les environs… Le pianiste (Igor Wagner) et son regard en coin (ayant toutes les bonnes raisons de ne plus supporter le rossignol Milanais…), l’homme à gauche derrière le Capitaine Haddock (un journaliste qui peu se déplacer où il veut dans le Château sans être inquiété…), le caméraman (son visage ne peut pas être vu puisqu’il nous tourne le dos…), Milou et le chat (induisant le jeu du chat et de la souris…) : tous des coupables en puissance !

 A ceci près que…

 Hergé, opérant en tant que metteur en scène ingénieux, met en abyme et ses albums, et ses personnages, et sa propre intervention : comment faire interagir le lecteur et le prévenir avant même qu’il ne se lance dans l’aventure, si ce n’est par l’intermédiaire de Tintin ? Sourire amusé en coin, doigt sur les lèvres et cadré en plan rapproché, Tintin-Hergé regarde le lecteur en en stupéfiant geste extra-diégétique. Le héros de fiction est-il alors conscient d’être regardé, suivi ? Proche d’une Joconde énigmatique à laquelle il reprend sa posture, Tintin nous adresse juste un « taisez-vous, faites silence, regardez bien… Le spectacle a déjà commencé… ». A moins qu’il ne s’agisse d’un « Chut ! Soyez vigilant et ouvrez l’œil ! »… Dépassant le stade pictural de l’autoportrait masqué, Hergé se donne l’apparence de Tintin, dans une invitation amusée à rentrer dans la scène qui tient tout à la fois de l’espièglerie d’un putto issu de la Peinture Italienne (patrie de l’Opéra) et du mystère teinté de sérieux d’un Botticelli (visible dans son Adoration des Mages – 1474) ou d’un Velasquez (Les Menines – 1656).

  Champ, cadre, espace, lieu, scène, case : la couverture des Bijoux de la Castafiore est aussi une entrée en matière et une introduction. C’est une invitation à tourner la page, à venir voir et à tenter de décrypter. Une mise en image qui se double surtout, et dans l’esprit d’Hergé, d’une exceptionnelle mise dans l’image.

 

 Pistes supplémentaires :

- http://tintin.france3.fr/ : site officiel de la série d’Hergé.

- http://www.tintin.free.fr/ et http://www.free-tintin.net/ : deux sites non-officiels

- http://www.tintinmilou.free.fr/francais.htm : autre site non officiel, relativement complet et accompagné de nombreux dossiers d’études.

- http://www.bellier.org/: site non officiel remarquable contenant les fac-similés des pages, planches et images du Journal Tintin depuis ses origines. On y retrouvera 31 pages originelles des Bijoux de la Castafiore, pré-publiées en 1961 et 1962.

- http://lejournaldetintin.free.fr/: site du Journal de Tintin.

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Air_des_bijoux : le fameux Air des Bijoux de Faust par Charles Gounod.

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes Hergé, Editions Moulinsart et Casterman©.

Les images présentes sur ce site sont l’œuvre originale d’Hergé et de Moulinsart.
Aussi, Moulinsart S.A. n’est en aucune façon responsable de ce site Internet.

Une réponse à “Les Bijoux de la Castafiore”

  1. Denys dit :

    Bonjour,

    Récemment, j’ai eu la chance de lire une analyse très intéressante de cet album : en fait, l’album serait articulé autour des problèmes de communication :

    - l’escalier (= moyen de communication entre deux étages) est cassé,

    - la Castafiore pense qu’elle chante bien mais elle casse les oreilles des gens,

    - le réparateur est injoignable au téléphone et quand le Capitaine le joint, il lui ment,

    - Tournesol embrouille tout avec ses problèmes d’audition,

    - les Dupont et Dupond sont évidemment là, ainsi que Séraphin Lampion qui mélange tous les noms, les expressions…

    Et tout ceci est déjà annoncé sur la couverture qui est une illustration des singes de la sagesse (« les trois petits singes ») :
    - Tintin pose son doigt sur la bouche,
    - le capitaine Haddock se bouche les oreilles
    - la Castafiore ferme les yeux…

    Et grâce à vous, je viens de voir la Planche-annonce publicitaire parue dans le Journal de Tintin qui illustre très bien ces problèmes de communication

    Bref, personne ne se comprend ni ne s’entend dans cet album.

    Vous en resouhaitant une bonne lecture,
    Cordialement,

    Denys (un fan heureux^^ )

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