Blacksad t.01 : quelque part entre les ombres

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

BLACKSAD t.01 : 

Quelque part entre les ombres 

(J. Diaz Canales et J. Guarnido) 

 Ed. Dargaud, 2000. 

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  Dossier téléchargeable : Blacksad t.01 : quelque part entre les ombres dans Déc'ouverte pdf Blacksad.pdf

   

  L’intrigue en résumé : 

  Natalia Wilford, une chatte actrice, est retrouvée morte assassinée.  Le détective privé John Blacksad décide alors de retrouver l’assassin, autant pour le réduire au silence que pour venger celle qui a été non seulement sa première cliente, mais aussi son premier amour. 

    

  De l’influence du Film Noir sur la création contemporaine : 

 Donner une définition du Film Noir n’est pas une chose aisée : on y trouvera une forme d’écriture, à la fois française et américaine, autant littéraire que cinématographique, venant définir un récit policier où le personnage principal, le plus souvent un détective privé, se retrouve emmené malgré lui à devoir résoudre l’écheveau complexe du désordre social. Basé sur une étude (proche du réalisme ou du naturalisme) des rapports faussés entre les personnages, le film noir est profondément pessimiste : la criminalité, l’univers opaque et sinistre de la ville tentaculaire, la nuit et la pluie, un éclairage expressionniste, la corruption policière, la jalousie, la trahison et les enjeux de pouvoir en sont les éléments clés et formels les plus remarquables. 

 Les premiers grands romanciers du genre, comme Dashiell Hammett (1894-1961) ou Raymond Chandler (1888-1959) participent très vite à l’écriture filmique des adaptations de leurs propres œuvres (Le Faucon Maltais par John Huston en 1941, Le Grand Sommeil par Howard Hawks en 1946), dans une véritable vogue courant de 1940 à 1958, année où paraissent La Soif du Mal (Orson Welles) et Sueurs Froides (Alfred Hitchcock). 

 Le Film Noir aura une influence exceptionnelle dès les années 1930 sur la production graphique paraissant dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, via le succès de comics strips tels qu’Agent Secret X9 (scénarisé par D. Hammett), The Spirit, Rip Kirby et Dick Tracy. Ces bandes puisent leurs inspirations dans la violence urbaine et d’authentiques faits divers, et amènent le roman comme le cinéma à s’interroger sur leurs propres références. Il faudra toutefois attendre les années 1970 pour voir arriver des films hommages au « genre » Film Noir, tels que Le Privé (Robert Altman – 1973) ou Chinatown (Roman Polanski – 1974), puis, des années 1980 à 2000, des œuvres mêlant adroitement les ambiances du Polar, du Fantastique et de la Science-Fiction (Blade Runner de Ridley Scott en 1982, Dark City d’Alex Proyas en 1998, Sin City de Frank Miller en 2005).  Seven (David Fincher – 1995) et L.A. Confidential (Curtis Hanson – 1997) ont par ailleurs redéfini pour longtemps au Cinéma les règles scénaristiques et stylistiques faisant des codes du « genre » film noir un arrière-plan en permanence recontextualisé de l’Amérique contemporaine,  située quelque part entre thriller, film policier et drame psychologique. 

 En Bande Dessinée, on retrouvera des références au Film Noir (autant qu’aux séries policières, au roman à énigme ou au polar social) dans divers champs allant de l’adaptation littérale à la parodie : citons ici et uniquement pour les récits où le héros est un détective privé,  Gil Jourdan de Maurice Tillieux,  Jess Long d’Arthur Piroton (le héros est agent du FBI mais les histoires archétypales du genre et particulièrement documentées), l’Inspecteur Canardo de Benoit Sokal (à la fois parodie et hommage aux personnages de Philip Marlowe, Mike Hammer et Columbo),  Jérome K. Jérome Bloche d’Alain Dodier et Sin City de Franck Miller. 

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Questionnaire pour les élèves : 

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

  

NIVEAU 1 

-  Quel est le titre de cet album ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

-   Les noms de l’éditeur ou de la collection apparaissent-ils ? 

-   Que représente l’illustration ? (la décrire) 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de l’illustration ? 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournit éventuellement l’image ? 

NIVEAU 2 

-   Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après cette couverture, imaginez en quelques lignes quelle pourrait être l’histoire racontée dans cet album. 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « policier » ? Cherchez la définition de « détective privé ». 

-    Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

NIVEAU 3 

-  Essayer de décrire l’atmosphère de cette couverture. «L’ambiance» de cette couverture vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

-  Pourquoi le personnage central est-il un animal : à quel archétype littéraire et/ou cinématographique fait-il référence ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits-animaliers, en contes, fables, romans ou bandes dessinées. 

-  Chercher la définition du genre « Film Noir » et listez-en les principaux codes ou éléments clés, ainsi que les œuvres, auteurs et personnages majeurs. 

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   Roughs et recherches graphiques diverses pour le visuel de Quelque part entre les ombres.

   

 Lecture et analyse de la couverture : 

 Fable, récit animalier, roman policier, film noir, bande dessinée anthropomorphique : Blacksad, quelque part entre les ombres  se présente d’emblée au lecteur comme une œuvre multi-référente, où toutefois, le genre émergeant comme les couleurs (sombres) données de prime abord, fondent le style résolument adulte.

 Le dessinateur d’origine espagnole Juanjo Guarnido était encore animateur employé dans les Studios Disney, lors de la réalisation du premier volume de la série Blacksad, qui comporte désormais trois titres (Arctic-Nation (tome 2 paru en 2005) et Ame rouge (tome 3 paru en 2005)). Dès 1990, il conçoit avec le scénariste Juan Diaz Canales l’histoire en noir et blanc d’un détective privé, agissant dans l’Amérique  des années 1950. John Blacksad sera donc in fine un « privé », félin anthropomorphisé au poil noir et au museau blanc, dont l’allure générale est reprise au Sam Spade incarné par Humphrey Bogart  dans le Faucon Maltais.

 Le visuel de couverture parait être une reprise, consciente ou non, de la couverture du troisième album des aventures de l’Inspecteur Canardo de Sokal (autre contexte mêlant le monde animal au genre noir), à ceci près que le méchant de l’histoire (l’inquiétant chat Raspoutine) serait en quelque sorte devenu le héros d’une aventure où la noirceur garde une place importante, comme l’affirme du reste le titre. Si le jaune et le noir sont des couleurs immédiatement référentes du genre policier, on remarquera en outre le choix d’un brun sépia, signalant une histoire passée, et le vert amande des yeux venus nous fixer, symbole du jeu du destin et du hasard auxquels les personnages du récit vont immanquablement se livrer. Un vert connotant la puissance du dollar américain autant que la liberté d’âme et d’action naturelle du chat n’est pas non plus à exclure de cette analyse.

 Ce qui est frappant sur cette couverture, outre la force émotionnelle d’un gros plan de face, c’est le manque d’informations délivrées dans le cadre : le lecteur est bien « quelque part entre les ombres » perdu par son éventuel manque de « références » ou de preuves, mais interrogé au plus profond de lui-même (par le personnage-animal) comme témoin d’une narration placée in situ : le crime a déjà eu lieu, l’affaire à déjà commencé. Qui est coupable ? Rien n’indique rien : ni un paratexte en huis-clos (comment distinguer, dans les noms proposés, le dessinateur du scénariste ?), ni un titre « anglophone » énigmatique et cependant très parlant une fois traduit (« noire tristesse »), ni la nuit dans laquelle s’engouffre l’histoire et d’où émerge la tête de Blacksad.

Titre sombre, regard noir et tendu, cigarette nerveusement en train de se consumer, typographie connotée, sous-titre « dactylographié » : autant d’éléments clés du roman et du film noir qui interviennent ici peut-être de manière plus littéraire que graphique, dans la mesure où, tous réunis, ils sont enfin parlants. Jeu sur les stéréotypes, ce visuel se veut être en effet une incarnation littérale du personnage du privé : portrait psychologique profond d’un personnage volontaire, charmeur et perspicace mais non dénué de cynisme ni de brutalité. Le personnage donne corps à la série et vice versa, comme l’indique le titre : n’apparaîtront donc pas ici ni l’arrière-plan mythologique urbain, ni la femme fatale, ni une dangereuse adversité. Ces trois éléments se retrouveront au demeurant en filigrane sur les visuels des albums suivants…

Blacksad propose par conséquent dès sa couverture au lecteur une atmosphère, une ambiance et une tonalité : le noir en sera la marque récurrente à tous les niveaux, la nostalgie et le pessimisme laisseront un gout amer, tandis que le héros cheminera, au gré de ses propres réflexions en voix-off, dans une jungle urbaine teintée du vice et de la corruption. Soit – et avec la complicité du « lecteur-témoin » – une itinérance imposée avec rigueur et une valeur plastique sublimée, quelque part « entre les ombres » de chacune des cases.

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 Blacksad, visuels de couvertures des tomes 2 et 3.

    

 Pistes supplémentaires : 

-       http://www.blacksadmania.com : site principal dédié à l’univers Blacksad

-       http://www.bdparadisio.com/intervw/blacksad/intblack.htm : interview des auteurs, réalisée en 2001. 

-       http://bernadac.club.fr/index.html : rétrospective de la Bande Dessinée policière au XXème siècle. 

-       http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir : article consacré au genre du film noir sur l’encyclopédie Wikipédia

-       http://cinema.film-noir.bifi.fr  : exposition de la BIFI consacré à la lecture des affiches françaises du film noir américain. 

-       http://pagesdefrancais.free.fr/sequences/College/blacksad.htm : séquence pédagogique de niveau 5ème/4ème consacrée à l’étude du premier album de Blacksad 

-       http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp40/Bibliographies/litteraturepoliciere.pdf. : bibliographie sur la littérature jeunesse policière, réalisée en 2006. 

   

  A lire : 

-    Blacksad, les dessous de l’enquête – Editions Imbroglio, 2001 : livre making of dévoilant la genèse du premier tome de la série. 

-    Blacksad, l’histoire des aquarelles - Editions Dargaud, Collection Christian Desbois, 2005 : livre making of revenant sur les recherches de maquettes couleurs et les roughs (esquisses) aquarelles, phase préparatoire de la palette et de l’éclairage des trois albums constitutifs de la série. 

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Maquette et recherche de couleurs pour la couverture du tome 1.

Extrait p.5 de  Blacksad, l’histoire des aquarelles.

 

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©J. Diaz Canales et J. Guarnido et B. Sokal  

©Editions Dargaud et Casterman – 1982, 2000 et 2008.

2 Réponses à “Blacksad t.01 : quelque part entre les ombres”

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  2. xxx hd movies dit :

    Blacksad t01 quelque part entre les ombres.. He-he-he :)

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