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Archive pour novembre 2008

Long John Silver t.02, cap au large !

Mardi 18 novembre 2008

Suite des inédits de Matthieu Lauffray avec cettes fois-ci la genèse du visuel du tome 02 de Long John Silver…

Voir le dossier principal ici :

http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/12/long-john-silver-t01-et-t02/

et http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/13/une-couverture-a-la-mer-matthieu-lauffray-evoque-long-john-silver/

 

La couverture du 2ème album de Long John Silver m’a posé moins de problèmes que la première…  La série était lancée, le logo était en place et ce deuxième livre était un huis clos maritime.
Il ne m’a pas fallu longtemps pour arrêter cette idée qui n’en étais pas vraiment une : dessiner un bateau. 

  Je ne vais pas me lancer dans l’éternel débat du fond et de la forme, d’abord car il est complexe et ensuite car je n’ai pas de réponses pertinentes.  Je dois tout de même préciser que lorsque j’annonçais mon intention, elle fut prise avec frilosité. La surprise m’en fut grande dans la mesure où j’attendais un argument fort recevable par ailleurs dans le genre de : 

« Voila une idée bien bateau ! » 


 Je m’y préparais donc mais le reproche fut de toute autre nature et bien plus inattendu : 
peut-on faire une couverture sans personnages ? 

Voila un argument que je n’attendais pas. Pas une seconde je n’avais pensé à ce problème auparavant, et voulez vous que je vous dise ? Je suis sur que vous non plus… 

  Il y a une raison à cela, c’est le genre d’argument que l’on entend chez les professionnels, car à force d’être professionnel on oublie l’ « évidence », on raffine, on élabore et bientôt on oublie l’évidence ; un bateau c’est cool et ça a une fichue gueule !  Mais le doute était là…


Nous nous sommes donc mis à la recherche d’une seconde idée. 


Je ne vais pas détailler le processus complet, mais voilà ce que cela donna :

 

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  Peut-être aurait-ce été plus approprié, plus spectaculaire, je serai bien incapable de le dire et vous laisse le soin de le déterminer… En parallèle, je tenais bon sur mon idée première et esquissait quelques roughs

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J’aimais l’idée du vent du large, de la simplicité de cette image sans « actions » proprement dite, sans conflits. 

Une image qui dise la beauté d’un navire immense bravant les flots, avançant vers l’inconnu ! 


Mais voila, je trouvais tout cela bien  mou. J’avais beau saturer, basculer l’horizon, recadrer, rien à faire. Etais-je incapable de résoudre cette image ? Etait-ce une mauvaise idée ? 


Ce fut François Lebescond, notre éditeur, qui me mis sur la voie. Un éclair, me dit-il… 

Un Eclair ! Mais oui ! C’était évident, un contraste maximum pour un effet silhouette optimum ! Il fallait essayer !
Je me remis au boulot et voila le rough obtenu : 

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 Cette fois ce fut l’évidence, et il n’y eu plus qu’à finaliser la coquine sans trop perdre l’irremplaçable nervosité d’un dessin gestuel, ouvert, qui laisse ainsi toute sa place ou pouvoir d’expression du dessin. 

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Fin…

Une couverture à la mer, Matthieu Lauffray évoque Long John Silver

Jeudi 13 novembre 2008

  Parfois, le dossier pédagogique constitué ne suffit pas à décrire les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée. La catégorie « Première de Couverture« , ici inaugurée, permettra par conséquent de livrer une partie « bonus » ou « making-of » additionnelle au corps du dossier.

 Matthieu Lauffray nous  fait ici la gentillesse de revenir (visuels inédits à l’appui) sur la genèse du visuel du tome 01 de Long John Silver… ; voir le dossier ici : http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/12/long-john-silver-t01-et-t02/

 

  La création de cette couverture a été une sacrée aventure. Des dizaines de roughs, des changements radicaux de concepts et de partis pris. Beaucoup de temps et d’errances… 

  Voici quelques images qui retracent la fabuleuse épopée de cette première couverture.

   Le premier problème a été de trouver une image qui représente bien l’esprit de notre série. Traiter un genre est formidable dans la mesure où l’on travaille sur un terrain balisé, mais il convient de montrer en quoi la traduction que l’on veut en faire est spécifique. Par exemple le genre « pirate » comprend plusieurs courants dont le plus commun de nos jours est le burlesque. En réalité le pirate tragique, romanesque, n’est plus à l’honneur depuis de nombreuses années. Il s’agit du genre tel qu’il a été traité par Stevenson bien sur, mais aussi par ces fameux illustrateurs Américains que sont N.C. Wyeth ou Howard Pyle. Xavier Dorison et moi avions le réel désir de ressusciter ce courant aussi oublié qu’exaltant!    La couverture avait donc pour rôle principal de communiquer clairement une « histoire de pirates », puis plus encore, une « histoire de pirate sérieuse »… puis éventuellement Long John Silver ! 

 Voici les tentatives dans l’ordre : 

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  Ces idées sont les premières qui nous sont venues. Extrêmement simple, mais j’avais la volonté de trouver une silhouette mythique, quelque chose qui évoque immédiatement le pirate des légendes. C’est difficile, cela exige un posing (posture) réussi, puissant. Il y a peu d’éléments et il faut donc être précis et efficace, pas de camouflage possible. Soit c’est réussi, soit c’est la catastrophe. Dans ce cas là, nous n’étions pas satisfait… 

  Nous nous sommes ensuite orienté vers une autre idée. On garde le personnage de Long John mais on le met dans un autre univers, son auberge, son antre! Je voulais que tout se joue dans une posture d’apparente décontraction, en opposition avec un regard à la fois envoûtant et inquiétant.    Voici les roughs de ce qui fut envisagé, puis la peinture à l’huile qui fut rendue à Dargaud avec les dernières pages. 

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  Une peinture à l’huile sur laquelle j’ai passé 3 semaines de douleurs. Au final elle me plaisait bien, à Xavier aussi. Notre éditeur également. Nous avions notre couverture. 

Mais pourtant, il y avait quelque chose de non totalement satisfaisant. Puis la promotion du livre a commencé, et plus particulièrement une plaquette créée par une agence spécialisée. Nous avons été conviés pour voir le résultat. Cette séance remit tout à plat, une fois encore. 

Les responsables n’avaient évidemment pas travaillé sur le livre. Comme toute matière, ils avaient l’album. Une BD totalisant environ 430 images, dans laquelle ils devaient trouver en quoi  rendre ce livre percutant et attrayant. 

Parmi les images sélectionnées, ils en retinrent une plus particulièrement. 

Celle-ci. 

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  C’est une case de la première scène, et le personnage que l’on voit de dos n’est pas Long John mais Lord Hastings. Peu importe. Nous nous sommes regardés avec Xavier, lui ne sachant pas trop comment me communiquer son impression tant il savait que j’en avais bavé sur la précédente ! Mais c’était fait, évident, cette image, par sa simplicité enfonçait la précédente. Plus forte, plus audacieuse, plus immédiate. Il y avait là tout ce que nous recherchions depuis le début… 

 La suite ne fut pas simple pour autant. Il fallu prévenir Dargaud en plein processus, annuler la couverture approuvée par tous pour la remplacer par un « sacrilège » interdit en théorie : un personnage de dos. 

On ne tourne pas le dos à son public ! 

 Nous comprenions l’argument, il avait du sens et pourtant, rien à faire nous étions persuadés comme JAMAIS que ce cadrage simplissime était la couverture parfaite. 

 Il fallu reprendre le travail. Pourquoi ? Et bien parce que même si l’image en l’état aurait pu faire une belle couverture, je voulais tout de même essayer d’en faire une belle illustration, et ce n’est pas forcement la même chose. 

 Long John dans sa taverne est une image riche, mais il faut prendre le temps. Se concentrer sur le regard, les détails des objets disposés sur la table… Une couverture doit frapper fort et immédiatement. La qualité de la peinture ou du dessin sont réellement optionnelle face à la force de l’image et du concept. 

Mais revenons à nos moutons. Qui dit nouvelle couverture dit nouvelle question. Et les errances recommencèrent. Devant la levée de bouclier liée au personnage de dos, nous avons tenté toutes sortes de positions variées : 

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Jusqu’à finalement aboutir à l’Exe finale, qui fut notre couverture définitive : 

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 Un dernier point pour préciser que dés le début je comptais sur un logo extrêmement  »typé » pour signaler le genre que nous traitions. L’image « pirate » devenait presque optionnelle tant le logo parlait haut et fort. 

(A suivre…)

Illustrations toutes M. Lauffray Copyright.

Long John Silver t.01 et t.02

Mercredi 12 novembre 2008

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

Long John Silver t.01 et t.02 

(Xavier Dorison et Matthieu Lauffray)  

Ed. Dargaud, 2007 et 2008. 

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Dossier téléchargeable : Long John Silver t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf LongJohnSilver.pdf

  

 Les intrigues en résumé :

- Tome 1 - Lady Vivian Hastings :

 Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans… Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte… Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari, qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d’hommes sans foi ni loi dont le chef n’est autre que le redoutable Long John Silver…

  -  Tome 2 – Neptune :

  Lady Vivian Hastings et Long John Silver ont quitté Bristol afin de traverser l’Atlantique : destination la mythique cité de Guyanacapac… C’est ici, en Amazonie, que Lord Hastings aurait découvert l’or caché de la cité. Mais entre la belle Vivian et le redoutable pirate, les tensions sont fortes, malgré le pacte qui les unit…

  

  Livres aux Trésors :

  Roman parmi les plus connus au monde, L’Ile au trésor fut écrit à l’origine par Robert Louis Stevenson d’Octobre 1881 à Janvier 1882, sous forme d’épisodes à destination de la presse. Largement modifié, le récit devient finalement un livre en 1883. Très lucide théoricien du récit et de sa propre pratique, Stevenson exploite tous les ressorts du récit : il procède à la multiplication des narrateurs et des points de vue en insérant dans son récit mémoires ou lettres de personnages, ce qui a pour effet de donner des versions différentes de la même histoire et de laisser ouverte l’appréciation des personnages et des événements comme la signification même du récit. On se souviendra ainsi de la fin « ouverte » de l’Ile au trésor, où le mythique Long John Silver est laissé libre, ayant réussi à fuir : « De Silver, nous n’avons plus jamais entendu parler… ».

  Le Cinéma s’empare assez tôt de l’imagerie populaire et romantique du pirate, permettant ainsi des variantes aux serials traditionnels d’Aventure ou de Cape et d’épée (parmi les classiques : L’aigle des mers – Fr. Lloyd, 1924 ; Capitaine Blood – M. Curtiz, 1935 ; Le Corsaire Rouge – R. Siodmak, 1952) L’œuvre de Stevenson est ainsi adaptée dès 1934 dans un remarquable film homonyme réalisé par Victor Fleming, puis en 1952 dans une version produite par les Studios Disney (réalisation de B. Haskin).

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Couverture d’une réédition du Livre des Pirates d’Howard Pyle, publié pour la première fois en 1903.

Ci-dessous ; trois illustrations emblématiques de la vision romantique et sauvage du pirate selon Pyle

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« Pirates se battant pour un trésor » (1903)

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The true Captain Kidd (1902)

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Captain Keitt (1907)

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Marooned (1909)

(Notes : Le mot « maron » dérive ici du verbe « maronner » (attendre) et désigne l’abandon volontaire d’un marin par son équipage. A distinguer du mot  »marronage », qui décrit à l’origine la fuite d’un esclave).

  

  Divers illustrateurs et écrivains vont tenter par la suite de donner leurs propres versions de l’itinérance des personnages : citons ici, tout d’abord, les travaux d’illustrations pionniers de l’américain Howard Pyle (1853-1911), qui composa probablement l’archétype visuel du futur pirate hollywoodien (homme cruel à la jambe de bois, ayant perdu un œil, portant un perroquet sur l’ épaule et se référant au Jolly Roger, le pavillon noir) au sein de son ouvrage paru en 1903 (Howard Pyle’s Book of Pirates). Le plus célèbre élève de Pyle, Newell Convers Wyeth (1882-1945), donna des illustrations d’une qualité jugée exceptionnelle au roman de Stevenson en 1911 : de fait, nul mieux que lui ne sut rendre le souffle épique et le gout du vent marin qui parcourait chaque ligne du récit initial, traversé par l’inquiétante présence de Silver. En 1995, l’écrivain suédois Björn Larson livre une première séquelle de l’Ile au trésor : dans son Long John Silver (publié chez Grasset) Stevenson prend lui-même la plume pour retracer la vie exacte du sinistre personnage décrit par le jeune Jim Hawkins dans le roman initial. L’occasion de se faire entrecroiser le mythe, la fiction et le réel, puisque Silver va croiser le Capitaine Flint, Daniel Defoë (auteur de Robinson Crusoë en 1719 et bien sur tous les personnages de l’Ile au trésor.

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Version de L’ile au trésor illustrée par N.C. Wyeth (1911) et exemples d’illustations (ci-dessous)

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Billy Bones (1911)

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L’otage (1911)

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  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Le nom de l’éditeur apparait-il ?

- Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?  Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ?

  NIVEAU 2

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «aventure historique»? Cherchez la définition et la signification de «pirate», «corsaire» et « jolly roger».

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

- Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au roman L’ile au trésor de R.L. Stevenson. Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, le descriptif de la vie de Long John Silver.  En quoi le titre de la série « Long John Silver» peut-il être compris tour à tour comme récit autobiographique, univers de  fiction ou roman historique ?  

- Que connote le titre du second album, Neptune?

- Chercher de la documentation sur le monde des pirates et les romans maritimes: retracez la vie de ces personnages, leurs activités et tentez de vous interroger sur leurs valeurs morales.

  

 

 Lecture et analyse de la couverture :

  Dans l’esprit du scénariste Xavier Dorison et du dessinateur Matthieu Lauffray, Long John Silver ne constitue pas une simple « suite » au roman de Stevenson, mais plutôt un hommage appuyé au récit maritime de piraterie tout entier, ainsi qu’à l’imaginaire forgée durant les lectures de l’enfance. Pour les deux hommes, par ailleurs férus de cinéma (Dorison a scénarisé en 2006 le film Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau ; Lauffray a notamment effectué des recherches de décors et costumes pour Le Pacte des Loups (C. Gans, 2001) et 10 000 (R. Emmerich, 2008), la série graphique impulsée constitue une exploration de territoires vierges, aux limites des intérêts et de la psychologie de chacun des caractères.

  Selon Matthieu Lauffray : « Voila précisément  ce qui nous motive pour cette histoire de pirates, le sentiment d’évidence qui tourne autour de ce genre, puis le constat que style que nous cherchons n’existe pas encore sinon dans nos imaginations. Pour résumer, je dirai que nos pirates seront en grande partie l’opposé de « Pirates des Caraïbes » ou du « Corsaire Rouge ». Il ne s’agira pas non plus d’une reconstitution historique véridique. L’idée est de mettre en scène un récit brut, fantasmatique, épique, qui mette en scène le fantasme du pirate, à la manière d’un Howard Pyle par exemple. Le vent du large et les mythiques zone encore blanche de la carte… ».

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Recherches graphiques et étapes de l’élaboration de la couverture du tome 1 par M. Lauffray (1er dessin, encrage et mise en couleur directe).

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  Après un long travail de réécriture et des recherches documentaires poussées, le choix du visuel principal de la couverture ne fut pas un exercice aisé : afin de ne pas décevoir les lecteurs, Dorison et Lauffray optent tout d’abord pour une approche conventionnelle, par le biais d’un dessin sombre et flamboyant mettant en scène le fameux pirate, attablé à l’intérieur d’une taverne fumante devant une carte (au trésor…) et quelques doublons. Ce dessin se retrouvera finalement en fin d’album (puis en couverture du tirage de tête), car, pour mieux rompre avec la dimension iconique du pirate, les auteurs adoptent une posture strictement inverse : un visuel énigmatique et un personnage anonyme perçu de dos, dans un extérieur de prime abord incertain et sous une pluie battante… Couverture immédiatement frappante de par son immense pouvoir d’évocation : si le tricorne et le manteau long renvoient immédiatement les lecteurs de tous âges au XVIIIème siècle, beaucoup remarqueront malgré tout une relation plus ou moins forte entre le titre/sous-titre et le personnage. Homme ou femme, héros ou adversaire, quel est-il ? Plus encore, c’est un renforcement signifiant du récit placé sur un mode crépusculaire qui est ici mis à l’honneur : face à une Nature implacable et hostile – ici et par définition, doublement, la Mer et la forêt équatoriale -, sous une pluie qui renvoie elle-même au codes du genre Noir et du thriller, et face à de blancs oiseaux symboles de liberté et d’inaccessibilité, le monde passéiste et finissant du « pirate » semble littéralement en perdition. L’espace semble déjà avoir avalé son embarcation (visible en bas à gauche), noyée dans le brouillard humide d’un monde aux trésors et à l’avenir incertains.

  Cette couverture semble avoir été (inconsciemment du moins) inspirée par des affiches de films récents, eux-mêmes offerts sur le mode de l’aventure finissante, où des héros fatigués déposent les armes en tentant de dépasser in fine leur propre archétype : voir ainsi le visuel créé par Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood, 1992) ou celui conçu par les Studios The Ant Farm pour Le Nouveau Monde (T. Malick, 2005). Cette conception s’oppose à l’approche classique dernièrement proposée par David Chauvel et Fred Simon sur leur adaptation de l’Ile au trésor (Editions Delcourt, collection Ex-Libris, 2007 et 2008), appuyée sur les illustrations de H. Pyle et N.C. Wyeth.

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 Pour le second album de Long John Silver, et dès le visuel, Dorison et Lauffray réinvestissent à proprement parler le monde « mythologique » de la piraterie : au milieu des éléments déchainés, un navire malmené portant le nom du Dieu romain des mers et océans, semblant de fait naviguer à vue à la seule lumière d’une lampe tempête portée par une femme… Soit la triple mise en évidence de la tragédie annoncée, en ce que l’orage, la course folle du navire et de ceux qu’il transporte (dont le malheur personnifié, selon les traditions, par la présence d’une femme à bord) ne peuvent aboutir qu’à un naufrage littéral des corps et des âmes. Selon Matthieu Lauffray : « Un navire est un lieu clos, perdu au cœur d’un grand nulle part. En effet en dépit des apparences, les grands espaces qu’il traverse ne sont qu’illusions inaccessibles. Un récit de navigation est un huis clos en plein air, un univers carcéral sous des airs de plaisance. En réalité, il n’y a ni alternatives, ni échappatoires aux enjeux qui le hantent. Or les circonstances qui ont suscité ce voyage comportent, en elles-mêmes, le nécessaire à une bonne explosion… ».

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   Le choix du logo-titre Long John Silver, calqué sur un pavillon noir semi-fictif puisque forgé en partie par les films hollywoodiens, résumé parfaitement la série, inhérente aux défauts et qualités intrinsèque d’un « héros à l’image faussée » (le pirate) :

  Xavier Dorison : « À mon sens, la plus grande qualité d’un pirate est d’être un rêveur. Il ne suit pas les voies toutes tracées, il se construit son propre monde et ses propres codes. En cela, il est un champion de la liberté.

  Et son plus grand défaut…. Est d’être un rêveur. On ne peut nier indéfiniment la réalité sans en payer les conséquences. De plus, celui qui rêve est, par définition, « ailleurs », loin de réalité. Or, cette vie réelle (pour ne pas dire, la société) est le seul endroit où l’on construit. Silver peut prendre le contrôle de tous les navires, il ne les bâtira jamais. Son exil de la société le condamne à être pillard, jamais architecte ou bâtisseur. »

  Matthieu Lauffray : « Un pirate est incapable de se soumettre à un autre système de valeur que celui qu’il a choisi. Il choisit son navire, il choisit sa mission et il nomme son capitaine. Mais là ne s’arrête pas son goût inné du caprice! Il est également indépendant et favorise toujours la joie de l’instant aux rêves des bâtisseurs. Ce choix de vie comporte une réponse possible dans un monde ouvert et distendu qui autorise le joyeux bazar, si violent soit-il ! Puis le temps est venu où notre petit monde n’a plus pu contenir trop de mouvements désordonnés. Le clou qui dépasse, on l’écrase comme disent nos amis chinois. Au final c’est à se demander si ce n’est pas plus une affaire de problèmes de stockage plus que d’idéologie…

  Long John me passionne car il a conscience de tout cela, contrairement à la plupart de ses semblables. Il voit la beauté de ce combat perdu d’avance. Cela en fait un jouisseur conscient de la tragédie de son idéal. Il aime l’individu. Il respecte cette lady Hastings car il voit en elle le courage de s’élever, de sortir de sa case. Il se voit en elle bien des années auparavant. Tout comme il aurait voulu léguer ses valeurs au jeune Hawkins puis au jeune Jack O’Kief. Il aimerait que tout cela demeure. Il a peur du vide, peur de la mort, il pleure ce monde qui massacre aveuglement la personnalité au profit du système. »

 Mythe et fiction, imaginaire et réalité apparaissent comme chevillés au récit de pirate : le logo titre Long John Silver donne toutefois à cet univers baroque et épique finissant toute sa nostalgie mortifère : le nom de l’individu (John) est dévoré par l’image obsédante de la Mort, tandis que ne s’impriment que la légende, liée soit au surnom (Long) soit à l’hypothétique trésor (Silver) enterré dans l’inaccessible cimetière marin du genre. Car, et à l’égal de la fin ouverte de L’ile au trésor, on comprendra que la mer est sans routes et sans explications. Advienne que pourra !

  

 Pistes supplémentaires :

 La série est prévue en 4 tomes, et sera suivie d’une préquelle décrivant les origines de Long John Silver.

1. Lady Vivian Hastings (2007)

2. Neptune (2008)

3. Le Labyrinthe d’Emeraude (à paraître)

4. Guyanacapac (à paraître)

- http://www.dargaud.com/longjohnsilver : site dédié des éditions Dargaud.

- Interviews écrites, audio ou vidéo des auteurs, parues pour la sortie des tomes 1 et 2:

  http://www.universbd.com/spip.php?article5360 

  http://www.expressbd.com/crbst_314.html 

  http://www.sceneario.com/sceneario_interview_XDORI.html 

   http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LAUFF.html 

   http://www.france5.fr/bd/index.php?id_document=2012&page=bd-bande-dessinee-videos 

  http://www.graphivore.be/Interviews/dorison_lauffray.php 

  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1657 

  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2606

 

 - http://www.lauffray.com/: site officiel de Matthieu Lauffray.

- http://www.pirates-corsaires.com/: tout sur le monde des pirates et des corsaires.

- http://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C3%8Ele_au_tr%C3%A9sor: article de l’encyclopédie Wikipédia consacré au roman l’Ile au trésor.

- http://www.kiss.qc.ca/Encyclopirate_WEB/Howard-Pyle/H_Pyle.html, http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/howard_pyle_18531911 et http://www.fontcraft.com/artype/pyle/: biographie et illustrations d’Howard Pyle (sites en Français et Anglais)

- http://en.wikipedia.org/wiki/N._C._Wyeth,  http://www.toughton.com/books/treasure/pictures.htm et http://www.artcyclopedia.com/artists/wyeth_nc.html : biographie et illustrations de Newell Convers Wyeth (sites en Anglais)

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

  

Images toutes ©Xavier Dorison – Matthieu Lauffray / Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 ©Editions Delcourt (Chauvel et Simon, 2007 et 2008)

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Matthieu Laufray.

Il était une fois en France t.01 et t.02

Dimanche 2 novembre 2008

  DOSSIER PEDAGOGIQUE 

Il était une fois en France 

t.01 et t.02 

(Fabien Nury et Sylvain Vallée) 

Ed. Glénat, 2007 et 2008 

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 Dossier téléchargeable :  Il était une fois en France t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf Iletaitunefoisenfrance.pdf

 

 Les intrigues en résumé : 

-  Tome 1 - L’Empire de Monsieur Joseph : 

  1965 : Clichy – Joseph Joanovici est en train de mourir dans un appartement miteux en compagnie de sa fidèle compagne, Lucie Schmidt, aussi nommée « Lucie-Fer ».  Depuis la rue, un homme surveille leur fenêtre. Il se nomme Legentil, un juge ennemi juré de Joanovici. 

   1905 : Kichinev, Bessarabie roumaine… Deux enfants juifs se cachent pour échapper à un de ces massacres qui, sous le tsar Nicolas II, sont monnaie courante contre les Bolcheviks ou les Juifs, entre autres. Le garçon se nomme Joseph, la fille Eva. Ils s’aiment et se marieront des années plus tard. Voici le destin d’un homme, ambigu et charismatique, illettré et ferrailleur, « collabo », résistant, qui a connu la pauvreté et est devenu milliardaire avant de connaître la chute. Un homme qui fut au cœur de l’Histoire du XXème siècle… 

-  Tome 2 - Le vol noir des corbeaux : 

 En Juin 1940, à la Rochelle, alors qu’il s’apprête à quitter le sol français avec sa famille et son assistante pour les Etats-Unis, Joseph Joanovici reçoit la visite d’un faussaire qui lui ouvre un horizon plus doré en lui facilitant son introduction auprès des allemands. Pour ce faire, il remonte à Paris avec la ferme intention de faire jouer ses appuis à la Chambres des Députés et récupérer son entreprise de ferraille mise sous séquestre.   La guerre étant consommatrice de métal, les affaires reprennent rapidement en liaison avec l’occupant allemand, mais son ascension rapide et ses combines suscitent des jalousies qui débouchent sur la délation. De fait, Joseph et sa famille étant en danger, seule la collaboration peuvent leur permettre d’échapper au pire, mais à quel prix ? 

  

  L’étrange Monsieur Joseph : 

  Personnage atypique d’une période troublée de l’Histoire contemporaine, Joseph Joanovici demeure avant tout le reflet d’une époque et d’un contexte sociétal – la France de Vichy – où les choix politiques, idéologiques et comportementaux n’étaient le plus souvent dictés que par une seule règle : survivre. 

  Ferrailleur d’origine juive roumaine, né vers 1905 et arrivé en France en 1925, Joanovici, totalement illettré mais particulièrement observateur, se fait rapidement un nom à Clichy en banlieue parisienne. A partir de 1940, et pendant toute l’Occupation, il fournit tour à tour les Nazis, la Résistance et le renseignement soviétique en métaux, armes et informations diverses, octroyant sa protection personnelle contre le nerf de la guerre. A la Libération, il est plusieurs fois arrêté, interrogé et relâché : s’il écope de cinq ans de prison en 1949, il est libéré dès 1952, mais assigné à résidence à Mende (Lozère). Dès 1957, il tente de relancer ses affaires, mais est contraint par le fisc à quitter le territoire national. Expulsé d’Israël pour avoir collaborer avec l’Allemagne d’Hitler, il meurt ruiné en 1965.  

   La légende s’empare assez rapidement du personnage : il inspire en effet directement une partie de l’intrigue du film Monsieur Klein de Joseph Losey (1976),  est cité comme protagoniste de l’Affaire de la Rue Lauriston par l’écrivain Patrick Modiano (La Ronde de Nuit – 1969), puis plus directement par Alphonse Boudard qui lui consacre un roman biographique très documenté en 1998 (L’étrange Monsieur Joseph). Il fournit à Jacques Audiard la trame scénaristique de son film, Un héros très discret, en 1996 (idée reprise au roman homonyme de Jean-François Deniau paru en 1989), puis prend les traits de Roger Hanin dans l’adaptation télévisuelle du récit d’A. Doudard effectuée par la réalisatrice Josée Dayan en 2001. 

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Joseph Joanovici, photo de la préfecture de Police de Paris, 1ère de couverture du livre d’Alphonse Boudard (Ed. Presse Pocket) et projet d’affiche publicitaire par S. Vallée.

  

Questionnaire pour les élèves : 

  La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 NIVEAU 1 

-  Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ? 

-   Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire) 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ? 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ? 

  NIVEAU 2 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums. 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « historique» ? Cherchez la définition et la signification de «svastika» et « croix gammée ». 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

NIVEAU 3 

-   Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

-   En quoi le titre de la série « Il était une fois en France » peut-il être compris tour à tour comme fiction, récit historique ou chronique documentaire d’une période ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits, films ou photos décrivant la vie à Paris sous l’Occupation. Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au Chant des Partisans (hymne de la Résistance Française). 

-   Chercher de la documentation sur Joseph Joanovici : retracez la biographie du personnage, ses activités et tentez de vous interroger sur les valeurs morales du personnage. 

  

 Lecture et analyse de la couverture : 

   Selon les propres mots du scénariste Fabien Nury, la série Il était une fois en France se devait de fonctionner sur un double mode : celui d’un récit de fiction historique, c’est à dire un biopic (condensé de l’américanisme biographic picture) relativement crédible et documenté, et celui  propre à une saga feuilletonesque, mêlés dans un esprit cinématographique. La série, qui sera constituée au final de  six volumes, est dessinée par Sylvain Vallée, lui-même féru des films français mettant en scène la période des années 1920-1950. De ces références communes découlera naturellement le choix du titre de la série : comment ne pas retrouver en effet, dans Il était une fois en France, la citation directe d’univers issus du cinéma de Sergio Leone (Il était une fois en Amérique – 1984) ou de Francis Ford Coppola (Le Parrain et Le Parrain 2 – 1972 et 1974), soit des œuvres mythiques ayant déjà décrit l’ascension et la chute de caïd du Milieu.

  « Il était une fois… », c’est tout autant un renvoi au monde de la narration (conte, fable, récit merveilleux), qu’à l’Histoire et au Passé (voir le nom des séries d’animation ludo-éducative et télévisuelle créées par Albert Barillé dans les années 1970-1990) ; ce choix nominatif est renforcé par la tonalité littéraire de chacun des titres d’albums. On notera notamment un Vol noir des corbeaux très proche du nom déjà donné par Jean-Pierre Gibrat à sa série (Le vol du corbeau, publié chez Dupuis (2002 et 2005) se déroule déjà dans un Paris occupé, en Juin 1944). C’est une référence directe aux premières lignes du fameux Chant des Partisans (« Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »), ainsi qu’un renvoi au corbeau délateur du célèbre film polémique d’Henri Georges Clouzot (1943).

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 Projet de maquette pour la couverture du tome 1 et visuel finalisé.

 Sur le même mode, on admirera le travail de construction graphique des couvertures. Le premier album adopte une « charte » très simple, permettant au titre de prendre toute la démesure de la saga ainsi annoncée. Les deux tiers droits sont plongés dans les ténèbres d’un haut mur derrière lequel se profile une aperçue en plongée d’un personnage songeur et d’une ancienne casse de voiture (on distingue une épave d’une Traction Avant Citroën, emblématique des années 1930-1950, ainsi que divers morceaux de ferrailles). Le personnage anonyme (rapporté au  mystérieux Monsieur Joseph du titre), bien que pouvant être connoté enquêteur, détective privé ou journaliste pour un lecteur lambda, se défini à vrai dire une nouvelle fois sur un mode cinématographique : la vue en plongée, le cigare fumant, le vent dans le manteau et l’auréole lumineuse qui l’environne le situent en effet dans une perspective carriériste fructueuse (c’est l’Empire annoncé…), sans le soustraire ni à la noirceur environnante ni à une Histoire visiblement pesante. La plongée et les couleurs sombres d’une grande partie du visuel s’accordent ici à un titre dont la typographie sera volontairement vieillie et abimée, et viennent refléter la noirceur d’âme du personnage, lui-même miroir de son époque. C’est, enfin, en rapportant cette couverture à une image symbolique du Citizen Kane d’Orson Welles (1941), que l’on trouvera la meilleure définition de Joseph Joanovici : l’ascension, le mythe et le mystère entourant un homme devenu puissant et régnant sans partage, mais dont aucun témoignage, après sa disparition, ne donnera au final une image entièrement véridique.

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Citizen Kane, d’Orson Welles (1941) : l’un des films les plus célèbres du Cinéma.

   Le visuel du second album reprend une photographie d’époque de Roger Schall, assez proche de celle placée en couverture d’A Paris sous la botte nazie, livre de Jean Eparvier publié en Novembre 1944. L’image nous montre une perspective de la Rue de Rivoli, couverte d’étendards nazis à croix gammée, la puissance de l’Occupant étant par ailleurs symbolisée dans l’uniforme du sergent des Waffen SS en train de surveiller la rue… Cette même vue est à comparer avec le travail très critiqué du photographe André Zucca, seul autorisé par la propagande nazie en 1941 à illustrer le journal Signal de photos en couleurs de la capitale (la Rue de Rivoli apparaitra ainsi déserte, tandis que Paris sera nonchalant, hors du temps et paraissant tout à fait s’accommoder de la présence des troupes allemandes… ). Le dessinateur choisi toutefois d’adapter cette image, à la fois en allongeant la perspective, en renforçant le contraste des couleurs, en replaçant le fameux « mur noir » déjà présent sur le premier visuel (des traces ensanglantées sont discrètement placées à l’avant-plan) et en intensifiant la marque visuelle des drapeaux flottant au vent (la croix gammée changera également de sens pour paraitre plus dynamique et menaçante, tout en venant simplifier la première lecture).

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Deux photos d’époque (couverture du livre Paris sous la botte nazie (1944) et vue de la Rue de Rivoli par André Zucca (1941) ; projets successifs pour la couverture du tome 2.

 

 La vue de face « coince » le lecteur dans une image et une Histoire immédiate : l’Occupant est partout, et l’unique solution de repli est la discrétion (le soldat allemand ne nous voit pas) ou la voie de l’ombre, de l’autre côté du mur-frontière. Le principal protagoniste de la série est lui-même invisible : point de héros, mais une focalisation justifiée sur la période, où « survivre » est devenu l’unique règle à  observer. Comme l’explique du reste Sylvain Vallée : « la thématique du tome 2 rejoint celle de Monsieur Klein. Le personnage face à la mécanique punitive nazie. Là, il va tenter de trouver les moyens de subsister face à cette mécanique écrasante, la délation, les camps etc. L’album commence en 1940 et Joseph tente de fuir pour rejoindre La Rochelle et s’embarquer pour les États-Unis. La thématique de cet album est vraiment comment Joseph cherche à sauver sa peau… ».

   Œuvre immédiatement frappante puisque inscrite dans la réalité de notre histoire récente, Il était une fois en France dresse un portrait d’une époque en « eaux troubles » d’une puissance peu commune : la légende y rejoint la fiction, tandis que la vérité de l’aspect documentaire donne un alibi de premier ordre au lecteur que la série n’oublie pas de questionner, pareillement à son « héros ». Dans les mêmes conditions, et, dans un camp ou dans un autre, comment aurions-nous agi ?

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Projet de couverture et visuel finalisé pour le tirage de tête du tome 1.

  

 Pistes supplémentaires : 

-  http://www.glenatbd.com/monsieurjoseph  : site des éditions Glénat dédié à la série. 

-   http://sylvainvallee.canalblog.com : le blog de Sylvain Vallée, où l’on retrouvera quantité de visuels, de crayonnés de planches et de dessins préparatoires à la série. 

-  http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?auteur=95 , http://www.expressbd.com/crbst_283.html et http://videos.france5.fr/video/iLyROoafYPFV.html : interviews de Sylvain Vallée et Fabien Nury réalisées lors de la parution du second volume. 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici : biographie de Joseph Joanovici sur l’encyclopédie Wikipédia

-  http://french-chanson.narod.ru/chant.html : texte écrit et chanté du Chant des Partisans

-   http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation et http://www.rue89.com/oelpv/quand-paris-rend-hommage-a-andre-zucca-photographe-collabo : photographies de Paris pendant l’Occupation et polémiques autour du travail d’André Zucca. 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Fabien Nury – Sylvain Vallée / Editions Glénat.

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Sylvain Vallée.