Il était une fois en France t.01 et t.02

  DOSSIER PEDAGOGIQUE 

Il était une fois en France 

t.01 et t.02 

(Fabien Nury et Sylvain Vallée) 

Ed. Glénat, 2007 et 2008 

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 Dossier téléchargeable :  Il était une fois en France t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf Iletaitunefoisenfrance.pdf

 

 Les intrigues en résumé : 

-  Tome 1 - L’Empire de Monsieur Joseph : 

  1965 : Clichy – Joseph Joanovici est en train de mourir dans un appartement miteux en compagnie de sa fidèle compagne, Lucie Schmidt, aussi nommée « Lucie-Fer ».  Depuis la rue, un homme surveille leur fenêtre. Il se nomme Legentil, un juge ennemi juré de Joanovici. 

   1905 : Kichinev, Bessarabie roumaine… Deux enfants juifs se cachent pour échapper à un de ces massacres qui, sous le tsar Nicolas II, sont monnaie courante contre les Bolcheviks ou les Juifs, entre autres. Le garçon se nomme Joseph, la fille Eva. Ils s’aiment et se marieront des années plus tard. Voici le destin d’un homme, ambigu et charismatique, illettré et ferrailleur, « collabo », résistant, qui a connu la pauvreté et est devenu milliardaire avant de connaître la chute. Un homme qui fut au cœur de l’Histoire du XXème siècle… 

-  Tome 2 - Le vol noir des corbeaux : 

 En Juin 1940, à la Rochelle, alors qu’il s’apprête à quitter le sol français avec sa famille et son assistante pour les Etats-Unis, Joseph Joanovici reçoit la visite d’un faussaire qui lui ouvre un horizon plus doré en lui facilitant son introduction auprès des allemands. Pour ce faire, il remonte à Paris avec la ferme intention de faire jouer ses appuis à la Chambres des Députés et récupérer son entreprise de ferraille mise sous séquestre.   La guerre étant consommatrice de métal, les affaires reprennent rapidement en liaison avec l’occupant allemand, mais son ascension rapide et ses combines suscitent des jalousies qui débouchent sur la délation. De fait, Joseph et sa famille étant en danger, seule la collaboration peuvent leur permettre d’échapper au pire, mais à quel prix ? 

  

  L’étrange Monsieur Joseph : 

  Personnage atypique d’une période troublée de l’Histoire contemporaine, Joseph Joanovici demeure avant tout le reflet d’une époque et d’un contexte sociétal – la France de Vichy – où les choix politiques, idéologiques et comportementaux n’étaient le plus souvent dictés que par une seule règle : survivre. 

  Ferrailleur d’origine juive roumaine, né vers 1905 et arrivé en France en 1925, Joanovici, totalement illettré mais particulièrement observateur, se fait rapidement un nom à Clichy en banlieue parisienne. A partir de 1940, et pendant toute l’Occupation, il fournit tour à tour les Nazis, la Résistance et le renseignement soviétique en métaux, armes et informations diverses, octroyant sa protection personnelle contre le nerf de la guerre. A la Libération, il est plusieurs fois arrêté, interrogé et relâché : s’il écope de cinq ans de prison en 1949, il est libéré dès 1952, mais assigné à résidence à Mende (Lozère). Dès 1957, il tente de relancer ses affaires, mais est contraint par le fisc à quitter le territoire national. Expulsé d’Israël pour avoir collaborer avec l’Allemagne d’Hitler, il meurt ruiné en 1965.  

   La légende s’empare assez rapidement du personnage : il inspire en effet directement une partie de l’intrigue du film Monsieur Klein de Joseph Losey (1976),  est cité comme protagoniste de l’Affaire de la Rue Lauriston par l’écrivain Patrick Modiano (La Ronde de Nuit – 1969), puis plus directement par Alphonse Boudard qui lui consacre un roman biographique très documenté en 1998 (L’étrange Monsieur Joseph). Il fournit à Jacques Audiard la trame scénaristique de son film, Un héros très discret, en 1996 (idée reprise au roman homonyme de Jean-François Deniau paru en 1989), puis prend les traits de Roger Hanin dans l’adaptation télévisuelle du récit d’A. Doudard effectuée par la réalisatrice Josée Dayan en 2001. 

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Joseph Joanovici, photo de la préfecture de Police de Paris, 1ère de couverture du livre d’Alphonse Boudard (Ed. Presse Pocket) et projet d’affiche publicitaire par S. Vallée.

  

Questionnaire pour les élèves : 

  La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné. 

 NIVEAU 1 

-  Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ? 

-   Le nom de l’éditeur apparait-il ? 

-   Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire) 

-   Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ? 

-   Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ? Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ? 

  NIVEAU 2 

-  Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums. 

-   Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration.  Quels détails peuvent indiquer un récit du genre « historique» ? Cherchez la définition et la signification de «svastika» et « croix gammée ». 

-  Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ? 

NIVEAU 3 

-   Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère ? Expliciter vos choix. 

-   En quoi le titre de la série « Il était une fois en France » peut-il être compris tour à tour comme fiction, récit historique ou chronique documentaire d’une période ?  Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, d’autres exemples de récits, films ou photos décrivant la vie à Paris sous l’Occupation. Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au Chant des Partisans (hymne de la Résistance Française). 

-   Chercher de la documentation sur Joseph Joanovici : retracez la biographie du personnage, ses activités et tentez de vous interroger sur les valeurs morales du personnage. 

  

 Lecture et analyse de la couverture : 

   Selon les propres mots du scénariste Fabien Nury, la série Il était une fois en France se devait de fonctionner sur un double mode : celui d’un récit de fiction historique, c’est à dire un biopic (condensé de l’américanisme biographic picture) relativement crédible et documenté, et celui  propre à une saga feuilletonesque, mêlés dans un esprit cinématographique. La série, qui sera constituée au final de  six volumes, est dessinée par Sylvain Vallée, lui-même féru des films français mettant en scène la période des années 1920-1950. De ces références communes découlera naturellement le choix du titre de la série : comment ne pas retrouver en effet, dans Il était une fois en France, la citation directe d’univers issus du cinéma de Sergio Leone (Il était une fois en Amérique – 1984) ou de Francis Ford Coppola (Le Parrain et Le Parrain 2 – 1972 et 1974), soit des œuvres mythiques ayant déjà décrit l’ascension et la chute de caïd du Milieu.

  « Il était une fois… », c’est tout autant un renvoi au monde de la narration (conte, fable, récit merveilleux), qu’à l’Histoire et au Passé (voir le nom des séries d’animation ludo-éducative et télévisuelle créées par Albert Barillé dans les années 1970-1990) ; ce choix nominatif est renforcé par la tonalité littéraire de chacun des titres d’albums. On notera notamment un Vol noir des corbeaux très proche du nom déjà donné par Jean-Pierre Gibrat à sa série (Le vol du corbeau, publié chez Dupuis (2002 et 2005) se déroule déjà dans un Paris occupé, en Juin 1944). C’est une référence directe aux premières lignes du fameux Chant des Partisans (« Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? »), ainsi qu’un renvoi au corbeau délateur du célèbre film polémique d’Henri Georges Clouzot (1943).

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 Projet de maquette pour la couverture du tome 1 et visuel finalisé.

 Sur le même mode, on admirera le travail de construction graphique des couvertures. Le premier album adopte une « charte » très simple, permettant au titre de prendre toute la démesure de la saga ainsi annoncée. Les deux tiers droits sont plongés dans les ténèbres d’un haut mur derrière lequel se profile une aperçue en plongée d’un personnage songeur et d’une ancienne casse de voiture (on distingue une épave d’une Traction Avant Citroën, emblématique des années 1930-1950, ainsi que divers morceaux de ferrailles). Le personnage anonyme (rapporté au  mystérieux Monsieur Joseph du titre), bien que pouvant être connoté enquêteur, détective privé ou journaliste pour un lecteur lambda, se défini à vrai dire une nouvelle fois sur un mode cinématographique : la vue en plongée, le cigare fumant, le vent dans le manteau et l’auréole lumineuse qui l’environne le situent en effet dans une perspective carriériste fructueuse (c’est l’Empire annoncé…), sans le soustraire ni à la noirceur environnante ni à une Histoire visiblement pesante. La plongée et les couleurs sombres d’une grande partie du visuel s’accordent ici à un titre dont la typographie sera volontairement vieillie et abimée, et viennent refléter la noirceur d’âme du personnage, lui-même miroir de son époque. C’est, enfin, en rapportant cette couverture à une image symbolique du Citizen Kane d’Orson Welles (1941), que l’on trouvera la meilleure définition de Joseph Joanovici : l’ascension, le mythe et le mystère entourant un homme devenu puissant et régnant sans partage, mais dont aucun témoignage, après sa disparition, ne donnera au final une image entièrement véridique.

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Citizen Kane, d’Orson Welles (1941) : l’un des films les plus célèbres du Cinéma.

   Le visuel du second album reprend une photographie d’époque de Roger Schall, assez proche de celle placée en couverture d’A Paris sous la botte nazie, livre de Jean Eparvier publié en Novembre 1944. L’image nous montre une perspective de la Rue de Rivoli, couverte d’étendards nazis à croix gammée, la puissance de l’Occupant étant par ailleurs symbolisée dans l’uniforme du sergent des Waffen SS en train de surveiller la rue… Cette même vue est à comparer avec le travail très critiqué du photographe André Zucca, seul autorisé par la propagande nazie en 1941 à illustrer le journal Signal de photos en couleurs de la capitale (la Rue de Rivoli apparaitra ainsi déserte, tandis que Paris sera nonchalant, hors du temps et paraissant tout à fait s’accommoder de la présence des troupes allemandes… ). Le dessinateur choisi toutefois d’adapter cette image, à la fois en allongeant la perspective, en renforçant le contraste des couleurs, en replaçant le fameux « mur noir » déjà présent sur le premier visuel (des traces ensanglantées sont discrètement placées à l’avant-plan) et en intensifiant la marque visuelle des drapeaux flottant au vent (la croix gammée changera également de sens pour paraitre plus dynamique et menaçante, tout en venant simplifier la première lecture).

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Deux photos d’époque (couverture du livre Paris sous la botte nazie (1944) et vue de la Rue de Rivoli par André Zucca (1941) ; projets successifs pour la couverture du tome 2.

 

 La vue de face « coince » le lecteur dans une image et une Histoire immédiate : l’Occupant est partout, et l’unique solution de repli est la discrétion (le soldat allemand ne nous voit pas) ou la voie de l’ombre, de l’autre côté du mur-frontière. Le principal protagoniste de la série est lui-même invisible : point de héros, mais une focalisation justifiée sur la période, où « survivre » est devenu l’unique règle à  observer. Comme l’explique du reste Sylvain Vallée : « la thématique du tome 2 rejoint celle de Monsieur Klein. Le personnage face à la mécanique punitive nazie. Là, il va tenter de trouver les moyens de subsister face à cette mécanique écrasante, la délation, les camps etc. L’album commence en 1940 et Joseph tente de fuir pour rejoindre La Rochelle et s’embarquer pour les États-Unis. La thématique de cet album est vraiment comment Joseph cherche à sauver sa peau… ».

   Œuvre immédiatement frappante puisque inscrite dans la réalité de notre histoire récente, Il était une fois en France dresse un portrait d’une époque en « eaux troubles » d’une puissance peu commune : la légende y rejoint la fiction, tandis que la vérité de l’aspect documentaire donne un alibi de premier ordre au lecteur que la série n’oublie pas de questionner, pareillement à son « héros ». Dans les mêmes conditions, et, dans un camp ou dans un autre, comment aurions-nous agi ?

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Projet de couverture et visuel finalisé pour le tirage de tête du tome 1.

  

 Pistes supplémentaires : 

-  http://www.glenatbd.com/monsieurjoseph  : site des éditions Glénat dédié à la série. 

-   http://sylvainvallee.canalblog.com : le blog de Sylvain Vallée, où l’on retrouvera quantité de visuels, de crayonnés de planches et de dessins préparatoires à la série. 

-  http://www.auracan.com/Interviews/interview.php?auteur=95 , http://www.expressbd.com/crbst_283.html et http://videos.france5.fr/video/iLyROoafYPFV.html : interviews de Sylvain Vallée et Fabien Nury réalisées lors de la parution du second volume. 

-   http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici : biographie de Joseph Joanovici sur l’encyclopédie Wikipédia

-  http://french-chanson.narod.ru/chant.html : texte écrit et chanté du Chant des Partisans

-   http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation et http://www.rue89.com/oelpv/quand-paris-rend-hommage-a-andre-zucca-photographe-collabo : photographies de Paris pendant l’Occupation et polémiques autour du travail d’André Zucca. 

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

Images toutes ©Fabien Nury – Sylvain Vallée / Editions Glénat.

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Sylvain Vallée.

 

Une réponse à “Il était une fois en France t.01 et t.02”

  1. ALINOU dit :

    Bonjour,
    Dans le chapitre « lecture et analyse des couvertures » je pense que l’épave de voiture de la couverture ne représente pas une traction avant, mais plutôt une Rosalie, ou plus probablement une Citroën 8 de 1931.
    La calandre de la traction est beaucoup plus inclinée, et il n’y a pas de bouchon de radiateur au pied du pare-brise.
    Reste que cette série de BD est excellente !
    Cordialement

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