Long John Silver t.01 et t.02

DOSSIER PEDAGOGIQUE 

Long John Silver t.01 et t.02 

(Xavier Dorison et Matthieu Lauffray)  

Ed. Dargaud, 2007 et 2008. 

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Dossier téléchargeable : Long John Silver t.01 et t.02 dans Déc'ouverte pdf LongJohnSilver.pdf

  

 Les intrigues en résumé :

- Tome 1 - Lady Vivian Hastings :

 Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans… Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte… Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari, qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d’hommes sans foi ni loi dont le chef n’est autre que le redoutable Long John Silver…

  -  Tome 2 – Neptune :

  Lady Vivian Hastings et Long John Silver ont quitté Bristol afin de traverser l’Atlantique : destination la mythique cité de Guyanacapac… C’est ici, en Amazonie, que Lord Hastings aurait découvert l’or caché de la cité. Mais entre la belle Vivian et le redoutable pirate, les tensions sont fortes, malgré le pacte qui les unit…

  

  Livres aux Trésors :

  Roman parmi les plus connus au monde, L’Ile au trésor fut écrit à l’origine par Robert Louis Stevenson d’Octobre 1881 à Janvier 1882, sous forme d’épisodes à destination de la presse. Largement modifié, le récit devient finalement un livre en 1883. Très lucide théoricien du récit et de sa propre pratique, Stevenson exploite tous les ressorts du récit : il procède à la multiplication des narrateurs et des points de vue en insérant dans son récit mémoires ou lettres de personnages, ce qui a pour effet de donner des versions différentes de la même histoire et de laisser ouverte l’appréciation des personnages et des événements comme la signification même du récit. On se souviendra ainsi de la fin « ouverte » de l’Ile au trésor, où le mythique Long John Silver est laissé libre, ayant réussi à fuir : « De Silver, nous n’avons plus jamais entendu parler… ».

  Le Cinéma s’empare assez tôt de l’imagerie populaire et romantique du pirate, permettant ainsi des variantes aux serials traditionnels d’Aventure ou de Cape et d’épée (parmi les classiques : L’aigle des mers – Fr. Lloyd, 1924 ; Capitaine Blood – M. Curtiz, 1935 ; Le Corsaire Rouge – R. Siodmak, 1952) L’œuvre de Stevenson est ainsi adaptée dès 1934 dans un remarquable film homonyme réalisé par Victor Fleming, puis en 1952 dans une version produite par les Studios Disney (réalisation de B. Haskin).

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Couverture d’une réédition du Livre des Pirates d’Howard Pyle, publié pour la première fois en 1903.

Ci-dessous ; trois illustrations emblématiques de la vision romantique et sauvage du pirate selon Pyle

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« Pirates se battant pour un trésor » (1903)

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The true Captain Kidd (1902)

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Captain Keitt (1907)

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Marooned (1909)

(Notes : Le mot « maron » dérive ici du verbe « maronner » (attendre) et désigne l’abandon volontaire d’un marin par son équipage. A distinguer du mot  »marronage », qui décrit à l’origine la fuite d’un esclave).

  

  Divers illustrateurs et écrivains vont tenter par la suite de donner leurs propres versions de l’itinérance des personnages : citons ici, tout d’abord, les travaux d’illustrations pionniers de l’américain Howard Pyle (1853-1911), qui composa probablement l’archétype visuel du futur pirate hollywoodien (homme cruel à la jambe de bois, ayant perdu un œil, portant un perroquet sur l’ épaule et se référant au Jolly Roger, le pavillon noir) au sein de son ouvrage paru en 1903 (Howard Pyle’s Book of Pirates). Le plus célèbre élève de Pyle, Newell Convers Wyeth (1882-1945), donna des illustrations d’une qualité jugée exceptionnelle au roman de Stevenson en 1911 : de fait, nul mieux que lui ne sut rendre le souffle épique et le gout du vent marin qui parcourait chaque ligne du récit initial, traversé par l’inquiétante présence de Silver. En 1995, l’écrivain suédois Björn Larson livre une première séquelle de l’Ile au trésor : dans son Long John Silver (publié chez Grasset) Stevenson prend lui-même la plume pour retracer la vie exacte du sinistre personnage décrit par le jeune Jim Hawkins dans le roman initial. L’occasion de se faire entrecroiser le mythe, la fiction et le réel, puisque Silver va croiser le Capitaine Flint, Daniel Defoë (auteur de Robinson Crusoë en 1719 et bien sur tous les personnages de l’Ile au trésor.

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Version de L’ile au trésor illustrée par N.C. Wyeth (1911) et exemples d’illustations (ci-dessous)

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Billy Bones (1911)

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L’otage (1911)

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  Questionnaire pour les élèves :

La couverture d’une B.D. comporte deux messages : l’un écrit, l’autre dessiné.

NIVEAU 1

- Quels sont les titres de ces deux albums ? Le scénariste et l’illustrateur sont-ils deux personnes différentes ?

- Le nom de l’éditeur apparait-il ?

- Que représente l’illustration de chacun des albums ? (la décrire)

- Quelles sont les couleurs dominantes de ces illustrations ?

- Quelles informations trouve-t-on à la fois dans le titre et dans l’illustration ?  Quelles informations supplémentaires fournissent éventuellement les images ?

  NIVEAU 2

- Une couverture cherche à suggérer une histoire. D’après ces deux titres et ces deux couvertures, imaginez en quelques lignes quel pourrait être le récit de ces albums.

- Trouver le rapport le plus évident entre le titre et l’illustration. Quels détails peuvent indiquer un récit du genre «aventure historique»? Cherchez la définition et la signification de «pirate», «corsaire» et « jolly roger».

- Cette couverture vous donne-t-elle envie de lire la B.D. ? Pourquoi ? En quoi peut-on dire que la couverture est la « vitrine » d’une B.D. ?

 NIVEAU 3

- Essayer de décrire l’atmosphère chaque couverture. «L’ambiance» générale vous parait-elle lourde ou légère? Expliciter vos choix.

- Trouvez en quoi l’un des titres est une référence au roman L’ile au trésor de R.L. Stevenson. Cherchez, avec la documentation dont vous disposez, le descriptif de la vie de Long John Silver.  En quoi le titre de la série « Long John Silver» peut-il être compris tour à tour comme récit autobiographique, univers de  fiction ou roman historique ?  

- Que connote le titre du second album, Neptune?

- Chercher de la documentation sur le monde des pirates et les romans maritimes: retracez la vie de ces personnages, leurs activités et tentez de vous interroger sur leurs valeurs morales.

  

 

 Lecture et analyse de la couverture :

  Dans l’esprit du scénariste Xavier Dorison et du dessinateur Matthieu Lauffray, Long John Silver ne constitue pas une simple « suite » au roman de Stevenson, mais plutôt un hommage appuyé au récit maritime de piraterie tout entier, ainsi qu’à l’imaginaire forgée durant les lectures de l’enfance. Pour les deux hommes, par ailleurs férus de cinéma (Dorison a scénarisé en 2006 le film Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau ; Lauffray a notamment effectué des recherches de décors et costumes pour Le Pacte des Loups (C. Gans, 2001) et 10 000 (R. Emmerich, 2008), la série graphique impulsée constitue une exploration de territoires vierges, aux limites des intérêts et de la psychologie de chacun des caractères.

  Selon Matthieu Lauffray : « Voila précisément  ce qui nous motive pour cette histoire de pirates, le sentiment d’évidence qui tourne autour de ce genre, puis le constat que style que nous cherchons n’existe pas encore sinon dans nos imaginations. Pour résumer, je dirai que nos pirates seront en grande partie l’opposé de « Pirates des Caraïbes » ou du « Corsaire Rouge ». Il ne s’agira pas non plus d’une reconstitution historique véridique. L’idée est de mettre en scène un récit brut, fantasmatique, épique, qui mette en scène le fantasme du pirate, à la manière d’un Howard Pyle par exemple. Le vent du large et les mythiques zone encore blanche de la carte… ».

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Recherches graphiques et étapes de l’élaboration de la couverture du tome 1 par M. Lauffray (1er dessin, encrage et mise en couleur directe).

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  Après un long travail de réécriture et des recherches documentaires poussées, le choix du visuel principal de la couverture ne fut pas un exercice aisé : afin de ne pas décevoir les lecteurs, Dorison et Lauffray optent tout d’abord pour une approche conventionnelle, par le biais d’un dessin sombre et flamboyant mettant en scène le fameux pirate, attablé à l’intérieur d’une taverne fumante devant une carte (au trésor…) et quelques doublons. Ce dessin se retrouvera finalement en fin d’album (puis en couverture du tirage de tête), car, pour mieux rompre avec la dimension iconique du pirate, les auteurs adoptent une posture strictement inverse : un visuel énigmatique et un personnage anonyme perçu de dos, dans un extérieur de prime abord incertain et sous une pluie battante… Couverture immédiatement frappante de par son immense pouvoir d’évocation : si le tricorne et le manteau long renvoient immédiatement les lecteurs de tous âges au XVIIIème siècle, beaucoup remarqueront malgré tout une relation plus ou moins forte entre le titre/sous-titre et le personnage. Homme ou femme, héros ou adversaire, quel est-il ? Plus encore, c’est un renforcement signifiant du récit placé sur un mode crépusculaire qui est ici mis à l’honneur : face à une Nature implacable et hostile – ici et par définition, doublement, la Mer et la forêt équatoriale -, sous une pluie qui renvoie elle-même au codes du genre Noir et du thriller, et face à de blancs oiseaux symboles de liberté et d’inaccessibilité, le monde passéiste et finissant du « pirate » semble littéralement en perdition. L’espace semble déjà avoir avalé son embarcation (visible en bas à gauche), noyée dans le brouillard humide d’un monde aux trésors et à l’avenir incertains.

  Cette couverture semble avoir été (inconsciemment du moins) inspirée par des affiches de films récents, eux-mêmes offerts sur le mode de l’aventure finissante, où des héros fatigués déposent les armes en tentant de dépasser in fine leur propre archétype : voir ainsi le visuel créé par Bill Gold pour Impitoyable (Cl. Eastwood, 1992) ou celui conçu par les Studios The Ant Farm pour Le Nouveau Monde (T. Malick, 2005). Cette conception s’oppose à l’approche classique dernièrement proposée par David Chauvel et Fred Simon sur leur adaptation de l’Ile au trésor (Editions Delcourt, collection Ex-Libris, 2007 et 2008), appuyée sur les illustrations de H. Pyle et N.C. Wyeth.

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 Pour le second album de Long John Silver, et dès le visuel, Dorison et Lauffray réinvestissent à proprement parler le monde « mythologique » de la piraterie : au milieu des éléments déchainés, un navire malmené portant le nom du Dieu romain des mers et océans, semblant de fait naviguer à vue à la seule lumière d’une lampe tempête portée par une femme… Soit la triple mise en évidence de la tragédie annoncée, en ce que l’orage, la course folle du navire et de ceux qu’il transporte (dont le malheur personnifié, selon les traditions, par la présence d’une femme à bord) ne peuvent aboutir qu’à un naufrage littéral des corps et des âmes. Selon Matthieu Lauffray : « Un navire est un lieu clos, perdu au cœur d’un grand nulle part. En effet en dépit des apparences, les grands espaces qu’il traverse ne sont qu’illusions inaccessibles. Un récit de navigation est un huis clos en plein air, un univers carcéral sous des airs de plaisance. En réalité, il n’y a ni alternatives, ni échappatoires aux enjeux qui le hantent. Or les circonstances qui ont suscité ce voyage comportent, en elles-mêmes, le nécessaire à une bonne explosion… ».

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   Le choix du logo-titre Long John Silver, calqué sur un pavillon noir semi-fictif puisque forgé en partie par les films hollywoodiens, résumé parfaitement la série, inhérente aux défauts et qualités intrinsèque d’un « héros à l’image faussée » (le pirate) :

  Xavier Dorison : « À mon sens, la plus grande qualité d’un pirate est d’être un rêveur. Il ne suit pas les voies toutes tracées, il se construit son propre monde et ses propres codes. En cela, il est un champion de la liberté.

  Et son plus grand défaut…. Est d’être un rêveur. On ne peut nier indéfiniment la réalité sans en payer les conséquences. De plus, celui qui rêve est, par définition, « ailleurs », loin de réalité. Or, cette vie réelle (pour ne pas dire, la société) est le seul endroit où l’on construit. Silver peut prendre le contrôle de tous les navires, il ne les bâtira jamais. Son exil de la société le condamne à être pillard, jamais architecte ou bâtisseur. »

  Matthieu Lauffray : « Un pirate est incapable de se soumettre à un autre système de valeur que celui qu’il a choisi. Il choisit son navire, il choisit sa mission et il nomme son capitaine. Mais là ne s’arrête pas son goût inné du caprice! Il est également indépendant et favorise toujours la joie de l’instant aux rêves des bâtisseurs. Ce choix de vie comporte une réponse possible dans un monde ouvert et distendu qui autorise le joyeux bazar, si violent soit-il ! Puis le temps est venu où notre petit monde n’a plus pu contenir trop de mouvements désordonnés. Le clou qui dépasse, on l’écrase comme disent nos amis chinois. Au final c’est à se demander si ce n’est pas plus une affaire de problèmes de stockage plus que d’idéologie…

  Long John me passionne car il a conscience de tout cela, contrairement à la plupart de ses semblables. Il voit la beauté de ce combat perdu d’avance. Cela en fait un jouisseur conscient de la tragédie de son idéal. Il aime l’individu. Il respecte cette lady Hastings car il voit en elle le courage de s’élever, de sortir de sa case. Il se voit en elle bien des années auparavant. Tout comme il aurait voulu léguer ses valeurs au jeune Hawkins puis au jeune Jack O’Kief. Il aimerait que tout cela demeure. Il a peur du vide, peur de la mort, il pleure ce monde qui massacre aveuglement la personnalité au profit du système. »

 Mythe et fiction, imaginaire et réalité apparaissent comme chevillés au récit de pirate : le logo titre Long John Silver donne toutefois à cet univers baroque et épique finissant toute sa nostalgie mortifère : le nom de l’individu (John) est dévoré par l’image obsédante de la Mort, tandis que ne s’impriment que la légende, liée soit au surnom (Long) soit à l’hypothétique trésor (Silver) enterré dans l’inaccessible cimetière marin du genre. Car, et à l’égal de la fin ouverte de L’ile au trésor, on comprendra que la mer est sans routes et sans explications. Advienne que pourra !

  

 Pistes supplémentaires :

 La série est prévue en 4 tomes, et sera suivie d’une préquelle décrivant les origines de Long John Silver.

1. Lady Vivian Hastings (2007)

2. Neptune (2008)

3. Le Labyrinthe d’Emeraude (à paraître)

4. Guyanacapac (à paraître)

- http://www.dargaud.com/longjohnsilver : site dédié des éditions Dargaud.

- Interviews écrites, audio ou vidéo des auteurs, parues pour la sortie des tomes 1 et 2:

  http://www.universbd.com/spip.php?article5360 

  http://www.expressbd.com/crbst_314.html 

  http://www.sceneario.com/sceneario_interview_XDORI.html 

   http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LAUFF.html 

   http://www.france5.fr/bd/index.php?id_document=2012&page=bd-bande-dessinee-videos 

  http://www.graphivore.be/Interviews/dorison_lauffray.php 

  http://www.graphivore.be/news.php?idnews=1657 

  http://www.dargaud.com/front/actualites/interviews/interview.aspx?id=2606

 

 - http://www.lauffray.com/: site officiel de Matthieu Lauffray.

- http://www.pirates-corsaires.com/: tout sur le monde des pirates et des corsaires.

- http://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C3%8Ele_au_tr%C3%A9sor: article de l’encyclopédie Wikipédia consacré au roman l’Ile au trésor.

- http://www.kiss.qc.ca/Encyclopirate_WEB/Howard-Pyle/H_Pyle.html, http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/howard_pyle_18531911 et http://www.fontcraft.com/artype/pyle/: biographie et illustrations d’Howard Pyle (sites en Français et Anglais)

- http://en.wikipedia.org/wiki/N._C._Wyeth,  http://www.toughton.com/books/treasure/pictures.htm et http://www.artcyclopedia.com/artists/wyeth_nc.html : biographie et illustrations de Newell Convers Wyeth (sites en Anglais)

  

Dossier réalisé par Ph. Tomblaine.

  

Images toutes ©Xavier Dorison – Matthieu Lauffray / Editions Dargaud. 2007 et 2008.

 ©Editions Delcourt (Chauvel et Simon, 2007 et 2008)

Les visuels sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Matthieu Laufray.

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