Archive de la catégorie ‘Premiere de Couverture’

Long John Silver t.02, cap au large !

Mardi 18 novembre 2008

Suite des inédits de Matthieu Lauffray avec cettes fois-ci la genèse du visuel du tome 02 de Long John Silver…

Voir le dossier principal ici :

http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/12/long-john-silver-t01-et-t02/

et http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/13/une-couverture-a-la-mer-matthieu-lauffray-evoque-long-john-silver/

 

La couverture du 2ème album de Long John Silver m’a posé moins de problèmes que la première…  La série était lancée, le logo était en place et ce deuxième livre était un huis clos maritime.
Il ne m’a pas fallu longtemps pour arrêter cette idée qui n’en étais pas vraiment une : dessiner un bateau. 

  Je ne vais pas me lancer dans l’éternel débat du fond et de la forme, d’abord car il est complexe et ensuite car je n’ai pas de réponses pertinentes.  Je dois tout de même préciser que lorsque j’annonçais mon intention, elle fut prise avec frilosité. La surprise m’en fut grande dans la mesure où j’attendais un argument fort recevable par ailleurs dans le genre de : 

« Voila une idée bien bateau ! » 


 Je m’y préparais donc mais le reproche fut de toute autre nature et bien plus inattendu : 
peut-on faire une couverture sans personnages ? 

Voila un argument que je n’attendais pas. Pas une seconde je n’avais pensé à ce problème auparavant, et voulez vous que je vous dise ? Je suis sur que vous non plus… 

  Il y a une raison à cela, c’est le genre d’argument que l’on entend chez les professionnels, car à force d’être professionnel on oublie l’ « évidence », on raffine, on élabore et bientôt on oublie l’évidence ; un bateau c’est cool et ça a une fichue gueule !  Mais le doute était là…


Nous nous sommes donc mis à la recherche d’une seconde idée. 


Je ne vais pas détailler le processus complet, mais voilà ce que cela donna :

 

ljscoverdost202.jpg

  Peut-être aurait-ce été plus approprié, plus spectaculaire, je serai bien incapable de le dire et vous laisse le soin de le déterminer… En parallèle, je tenais bon sur mon idée première et esquissait quelques roughs

 ljscovert2rough01.jpg

ljscoverdost2light.jpg  

J’aimais l’idée du vent du large, de la simplicité de cette image sans « actions » proprement dite, sans conflits. 

Une image qui dise la beauté d’un navire immense bravant les flots, avançant vers l’inconnu ! 


Mais voila, je trouvais tout cela bien  mou. J’avais beau saturer, basculer l’horizon, recadrer, rien à faire. Etais-je incapable de résoudre cette image ? Etait-ce une mauvaise idée ? 


Ce fut François Lebescond, notre éditeur, qui me mis sur la voie. Un éclair, me dit-il… 

Un Eclair ! Mais oui ! C’était évident, un contraste maximum pour un effet silhouette optimum ! Il fallait essayer !
Je me remis au boulot et voila le rough obtenu : 

ljscoverdost201.jpg

 Cette fois ce fut l’évidence, et il n’y eu plus qu’à finaliser la coquine sans trop perdre l’irremplaçable nervosité d’un dessin gestuel, ouvert, qui laisse ainsi toute sa place ou pouvoir d’expression du dessin. 

ljscovert2final.jpg

Fin…

Une couverture à la mer, Matthieu Lauffray évoque Long John Silver

Jeudi 13 novembre 2008

  Parfois, le dossier pédagogique constitué ne suffit pas à décrire les nombreuses étapes, intellectuelles ou graphiques, ayant mené au choix de la couverture finalisée. La catégorie « Première de Couverture« , ici inaugurée, permettra par conséquent de livrer une partie « bonus » ou « making-of » additionnelle au corps du dossier.

 Matthieu Lauffray nous  fait ici la gentillesse de revenir (visuels inédits à l’appui) sur la genèse du visuel du tome 01 de Long John Silver… ; voir le dossier ici : http://couverturedebd.unblog.fr/2008/11/12/long-john-silver-t01-et-t02/

 

  La création de cette couverture a été une sacrée aventure. Des dizaines de roughs, des changements radicaux de concepts et de partis pris. Beaucoup de temps et d’errances… 

  Voici quelques images qui retracent la fabuleuse épopée de cette première couverture.

   Le premier problème a été de trouver une image qui représente bien l’esprit de notre série. Traiter un genre est formidable dans la mesure où l’on travaille sur un terrain balisé, mais il convient de montrer en quoi la traduction que l’on veut en faire est spécifique. Par exemple le genre « pirate » comprend plusieurs courants dont le plus commun de nos jours est le burlesque. En réalité le pirate tragique, romanesque, n’est plus à l’honneur depuis de nombreuses années. Il s’agit du genre tel qu’il a été traité par Stevenson bien sur, mais aussi par ces fameux illustrateurs Américains que sont N.C. Wyeth ou Howard Pyle. Xavier Dorison et moi avions le réel désir de ressusciter ce courant aussi oublié qu’exaltant!    La couverture avait donc pour rôle principal de communiquer clairement une « histoire de pirates », puis plus encore, une « histoire de pirate sérieuse »… puis éventuellement Long John Silver ! 

 Voici les tentatives dans l’ordre : 

 ljs.bmp ljs2.bmp ljs3.bmp ljs4.bmp

ljs5.bmp 

ljs6.bmp

  Ces idées sont les premières qui nous sont venues. Extrêmement simple, mais j’avais la volonté de trouver une silhouette mythique, quelque chose qui évoque immédiatement le pirate des légendes. C’est difficile, cela exige un posing (posture) réussi, puissant. Il y a peu d’éléments et il faut donc être précis et efficace, pas de camouflage possible. Soit c’est réussi, soit c’est la catastrophe. Dans ce cas là, nous n’étions pas satisfait… 

  Nous nous sommes ensuite orienté vers une autre idée. On garde le personnage de Long John mais on le met dans un autre univers, son auberge, son antre! Je voulais que tout se joue dans une posture d’apparente décontraction, en opposition avec un regard à la fois envoûtant et inquiétant.    Voici les roughs de ce qui fut envisagé, puis la peinture à l’huile qui fut rendue à Dargaud avec les dernières pages. 

ljs71.bmp ljs8.bmp

ljs9.bmp

  Une peinture à l’huile sur laquelle j’ai passé 3 semaines de douleurs. Au final elle me plaisait bien, à Xavier aussi. Notre éditeur également. Nous avions notre couverture. 

Mais pourtant, il y avait quelque chose de non totalement satisfaisant. Puis la promotion du livre a commencé, et plus particulièrement une plaquette créée par une agence spécialisée. Nous avons été conviés pour voir le résultat. Cette séance remit tout à plat, une fois encore. 

Les responsables n’avaient évidemment pas travaillé sur le livre. Comme toute matière, ils avaient l’album. Une BD totalisant environ 430 images, dans laquelle ils devaient trouver en quoi  rendre ce livre percutant et attrayant. 

Parmi les images sélectionnées, ils en retinrent une plus particulièrement. 

Celle-ci. 

ljs10.bmp

  C’est une case de la première scène, et le personnage que l’on voit de dos n’est pas Long John mais Lord Hastings. Peu importe. Nous nous sommes regardés avec Xavier, lui ne sachant pas trop comment me communiquer son impression tant il savait que j’en avais bavé sur la précédente ! Mais c’était fait, évident, cette image, par sa simplicité enfonçait la précédente. Plus forte, plus audacieuse, plus immédiate. Il y avait là tout ce que nous recherchions depuis le début… 

 La suite ne fut pas simple pour autant. Il fallu prévenir Dargaud en plein processus, annuler la couverture approuvée par tous pour la remplacer par un « sacrilège » interdit en théorie : un personnage de dos. 

On ne tourne pas le dos à son public ! 

 Nous comprenions l’argument, il avait du sens et pourtant, rien à faire nous étions persuadés comme JAMAIS que ce cadrage simplissime était la couverture parfaite. 

 Il fallu reprendre le travail. Pourquoi ? Et bien parce que même si l’image en l’état aurait pu faire une belle couverture, je voulais tout de même essayer d’en faire une belle illustration, et ce n’est pas forcement la même chose. 

 Long John dans sa taverne est une image riche, mais il faut prendre le temps. Se concentrer sur le regard, les détails des objets disposés sur la table… Une couverture doit frapper fort et immédiatement. La qualité de la peinture ou du dessin sont réellement optionnelle face à la force de l’image et du concept. 

Mais revenons à nos moutons. Qui dit nouvelle couverture dit nouvelle question. Et les errances recommencèrent. Devant la levée de bouclier liée au personnage de dos, nous avons tenté toutes sortes de positions variées : 

ljs11.bmp

ljs12.bmp

ljs13.bmp ljs14.bmp

ljs15.bmp

Jusqu’à finalement aboutir à l’Exe finale, qui fut notre couverture définitive : 

ljs16.bmp

 Un dernier point pour préciser que dés le début je comptais sur un logo extrêmement  »typé » pour signaler le genre que nous traitions. L’image « pirate » devenait presque optionnelle tant le logo parlait haut et fort. 

(A suivre…)

Illustrations toutes M. Lauffray Copyright.